Made in USA de Jean-Luc Godard

Publié le par helel ben sahar


Poursuivant sa logique conceptuelle qui tend à sortir du cadre strict de la narration telle que le cinéma le conçoit, Godard continue ses expérimentations formelles et délivre un métrage résolument à part. Adaptant un roman de la « série noire », il se sert de ce scénario prétexte pour développer ses pulsions de réalisateurs associé à un discours virulent sur le pouvoir politique de la France. Mais le film très encré dans son époque et sa forme totalement explosée rend la compréhension parfois difficile et l’attention du spectateur est mise à rude épreuve.

On comprend l’histoire et devine certaines des motivations, mais la liberté de ton est cette fois-ci tellement excessive qu’elle finit par nuire au propos en assommant le spectateur. Découpage improbable, situations qui oscillent entre une forme de burlesque et une attitude grave, envolée verbale face caméra, saute de lieu irréel, tant d’expérimentations qui introduisent une trop grande exigence. Parfois le trop est l’ennemi du bien, ce métrage l’illustre parfaitement. Toutefois, il ne faut pas réduire sa portée à ces griefs – pourtant bien encombrants – et regarder au-delà des images pour en saisir la signification – parfois obscure, il va s’en dire.

Made in USA se sert du film noir américain comme base esthétique et constructive pour illustrer une situation bien française. Godard place ainsi des repères pour guider le spectateur, mais, ses circonvolutions sont parfois éreintantes, les discours politiques abscons et étouffants. Les comédiens délivrent un jeu alternant un étrange second degré et une gravité sommaire pour une intrigue que l’on devine – plus que l’on ressent – comme tragique et possédant des répercussions et conséquences importantes.

Godard se laisse probablement aller à trop d’excès, peut-être une confiance trop certaine sur ce film. Ou bien surestime t-il la capacité du spectateur à accuser autant de liberté pour une trame déjà complexe à l’écriture ? La réponse dépend uniquement de la subjectivité du spectateur, et de sa capacité à assimiler une telle expérience. Certains seront capables et comblés, d’autres timidement attentifs mais laissées esseulés sur le bord de la route.

Publié dans Cinéma

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