A bout de souffle de Jean-Luc Godard

Publié le par helel ben sahar


Fer de lance de la Nouvelle vague, A bout de souffle constitue une œuvre importante qui aura permis la création d’une identité culturelle au sein du septième art. Le métrage tente ainsi de rompre des convenances, des habitudes devenues un enfermement réducteur que Godard et ses collègues des Cahiers du cinéma veulent exploser. Le film gagne une énergie qui tapisse la narration, même quand celle-ci est calme. Reposant sur cette forme libre et imprévisible, elle instaure son propre rythme et joue sur les attentes du public. Composant une œuvre qui ne ressemble alors à rien, le réalisateur inscrit son nom au sein d’un courant formaliste qui deviendra celui que l’on connaît tous aujourd’hui.

Michel se retrouve pourchassé par la police pour avoir tué un policier alors qu’il s’enfuyait vers l’Italie dans une voiture volée. Cette base narrative importe finalement peu le cinéaste et lui permet simplement de donner une direction conclusive à son intrigue. Car ce n’est pas tant l’histoire qui prédomine ici, mais la liberté du ton et des personnages à l’intérieur du cadre. Jouant sur une captation du réel où les deux acteurs principaux (magnifiques Belmondo et Jean Serberg) improvisent en partie les dialogues. On devine ainsi l’homme derrière la caméra, encourageant ses comédiens à continuer inlassablement leur dialogue pour provoquer la fiction. Il se pare d’une quasi absence d’esthétisme au profit d’un réalisme cru qui n’enjolive pas la réalité, mais la capte dans sa plus simple expression. Toutefois, le réalisateur n’oublie pas de composer son film. Les cadrages sont précis, nombreux et variés, et portraitise les deux personnages dans cette conception d’un quotidien bousculé par l’attitude évanescente de Michel.

Ce Michel sonne d’ailleurs comme le futur Alfred d’Une femme est une femme. Mêmes interrogations, cette même attitude frivole qui saute parfois la moralité et la légalité. Toutefois, Michel atteint un stade supérieur, car il reste poursuivi pour un crime grave. Ne prenant certainement pas ses responsabilités, il semble occulter cette affaire pour les beaux yeux de Patricia. Leur relation ressemble également à celle d’Une femme est une femme. Tentative similaire de construire un couple, même schéma de séduction un peu détaché, un peu direct. Excepté qu’il n’y a pas de mari (ou d’amoureux) entre eux deux, mais un meurtre. La liberté de la narration, du ton et de la réalisation retranscrit parfaitement la psychologie de son personnage principal. Capable de s’attendrir sur l’objet de son affection, capable de prendre son temps, tout en vivant un quotidien incertains et mouvementé.

Godard conçoit un formalisme au service d’un scénario libéré de toute forme de construction (ou presque). Il impose ainsi un regard novateur sur une conception autre du cinéma. A la tête d’un mouvement que l’on ne présente plus aujourd’hui et qui continue de faire école, le cinéaste et ses confrères ont permis la naissance de nombreux réalisateurs qui, sans cette Nouvelle vague, n’aurait peut-être par émergés. Mais au-delà de cette symbolique, il demeure un métrage remarquable qui possède cette énergie folle de l’immédiat, l’attention particulière d’un couple qui perce l’écran. A l’inverse de son titre et de son personnage principal, c’est une bouffée d’oxygène qui envahit le spectateur à la vision de ce film…

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