Une femme est une femme de Jean-Luc Godard

Publié le par helel ben sahar


L’appellation semble peut-être aujourd’hui galvaudée, mais ce métrage demeure un OFNI impressionnant. Le film possède une liberté de ton exacerbé qui lui permet d’exploser toutes les convenances narratives au profit d’un spectacle euphorisant qui s’autorise absolument tout. Portée par un trio d’acteurs excellents, le métrage déploie une énergie confondante qui accule parfois le spectateur d’un trop plein et finirait presque par l’exténuer. Mais Godard, dans cette folie ambiante maîtrise parfaitement son récit, quand bien même les apparences seraient trompeuses.

Angela est une stripteaseuse qui ne demande qu’une chose à son amoureux, un enfant. Or ce dernier ne semble par partager l’enthousiasme de sa promise. Sur ce schéma simple, le réalisateur dresse un portrait du couple renversant. Construisant son film au gré des joutes verbales, des duels et des combats de polichinelles, Une femme est une femme gagne une folie envahissante qui permet à l’auteur de s’autoriser tous les excès. De situations improbables, limites cartoonesque en moment jubilatoire, des petites touches irrésistibles ou des moments exubérants, le métrage accuse un rythme frénétique. Il déconstruit la narration selon ses propres convenances tout en justifiant ces écarts de conduite par une intrigue et un couple au-delà du rationalisme.

Mais derrière cette loufoquerie réjouissante, se dresse un portrait en opposition de l’homme et de la femme, ainsi qu’une étrange réflexion sur le fonctionnement du couple. La puérilité qui habite Angela et Emile cache une certaine forme de gravité, qui les rend finalement attachants. Leur dispute donne lieu à des moments de comédie drolatique et construit le couple bien mieux qu’une simple exposition. Le personnage d’Alfred apparaît alors comme le loup sympathique de cette bergerie dont l’innocence est un leurre pour conquérir celle qu’il aime. Dans tout ce fatras cocasse, pointe alors un soupçon de tristesse et d’amertume d’un couple qui se détruit de trop s’aimer. L’innocence de Angela (formidable Anna Karina) touche la corde sensible et leur histoire se pare de doux effluves tragiques.

Tout ce délire cartoonesque est parfois éreintant pour le spectateur. Tant d’énergie déployée ainsi que la rupture avec une conception dite classique du cinéma donne au métrage un caractère exigeant. Mais cette capacité de s’affranchir des convenances et de délivrer une œuvre facétieuse emporte définitivement l’adhésion. On ressort presque vidé du visionnage, mais gorgé d’une bonne humeur communicative, ainsi que d’une affection particulière. Godard délivre la comédie de ces carcans réducteurs et cette libération sonne comme une formidable seconde naissance.

Publié dans Cinéma

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