Les carabiniers de Jean-Luc Godard

Publié le par helel ben sahar


Deux hommes vivants dans une cabane avec leur mère et leur sœur ( ?) sont réclamés au front par les carabiniers du Roi. L’histoire est simple, linéaire et presque prévisible dans son déroulement. Dès la scène de rencontre, Godard donne déjà toutes les informations. Cette caractéristique fausse un peu le métrage dans cette absence de véritable découverte. Elle amoindrit également un rythme déjà défaillant en l’état qui repose sur une succession de cartes postales, mais ne trouve jamais la cadence nécessaire à ce genre de traitement. Les scènes se suivent, se ressemblent mais sans logique qui leur permettrait de compulser un propos déjà évident.

Mais au-delà de ces griefs contraignants se trouve un métrage au message clair et puissant. L’endoctrinement des foules en leur faisant miroiter un matérialisme corrupteur. Dans cette guerre aussi absurde que sale et amorale, les deux hommes ne sont pas motivés par des idéaux, mais par le bonheur de posséder bientôt les richesses qu’ils visitent. Godard désacralise la représentation de la guerre en une vision banale apportant à la fois le message mordant d’une telle ineptie et une véracité presque évidente. Loin de toute glorification, en un filmage sobre, illustrant des cadres restreints (une maison, un bout de forêt, une route…) le réalisateur parvient à capter un réel pour le retranscrire tel quel, sans esthétisme. L’ensemble devient froid et austère, côtoie l’absurde, mais se dégage de l’ensemble un malaise glacial devant la facilité avec laquelle des hommes se transforment en monstres.

Vilipendant ce matérialisme éprouvant qui pervertit les Hommes, l’auteur délivre un métrage effrayant et provoque l’attention d’un spectateur plus habitué à regarder une guerre souvent esthétique à l’écran. Le choquant dans sa confortable place, il casse volontairement tout effet enjoliveur pour appuyer son propos et se détacher d’une vision prédéfinie. Malheureusement à privilégier ainsi l’absence de forme, Godard donne un caractère austère à son film qui risque paradoxalement d’amoindrir la portée de son propos. Le découpage hasardeux et le jeu des acteurs très approximatifs n’engagent pas forcément à voir au-delà de la perfectibilité du film.

Les carabiniers est un métrage peut-être un peu trop exigeant, qui aurait certainement gagné à renforcer son aspect technique d’un peu plus de rigueur. Toutefois, le cinéaste fait montre d’un réel talent pour illustrer l’absurdité d’une guerre et l’aveuglement consumériste qui irradie les Hommes. Il donne une vision de la guerre juste, sans effet, dans son caractère le plus neutre. L’aspect sordide de telles situations, souvent tourné en dérisions par les intermèdes écrits, ressort immanquablement. Souvent difficile, mais aucunement vain, le film de Godard réclame peut-être plus qu’il ne donne véritablement…

Publié dans Cinéma

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