A moment to remember (director’s cut) de Lee Jae-han

Publié le par helel ben sahar


Dans les premières images, le cinéaste joue avec nos sens afin d’éprouver notre raison et d’imposer la confusion. Il tente, par ce subterfuge, de nous mettre dans la peau de son héroïne, et nous faire ressentir ses émotions, ses craintes, ses doutes. L’effet comme l’impression est discret, mais il parvient toutefois, à nous placer dans cette situation, sans effort particulier. Dommage que le réalisateur n’ai pas perduré et accentué ce travail ultérieurement dans le récit, il se prive d’une nuance particulière et l’aurait soigneusement évincé des sentiers trop balisés du mélodrame. Mais Lee a confiance en son histoire, en ses personnages comme en ses acteurs. Il se pare de tous les attributs propres au genre qu’il côtoie, pour livrer un métrage dont la simple force de son sujet, suffit à pallier à quelques excès et écueils.

Passé ce prologue significatif, le réalisateur prend son temps pour instaurer l’histoire de ce couple. Comme retardant l’inévitable, la prise de conscience du mal qui ronge Su-jin, il les laisse se repaître de ce simple bonheur qui les inonde, des joies qui parcourent le chemin de ces jeunes mariés. De leur première rencontre, jusqu’à cette apothéose, Lee n’évite pas tous les poncifs, mais les contourne sciemment. Il évite de sombrer dans la facilité la plus évidente, mais s’impose tout de même ces figures inévitables. Ainsi, lui est charpentier, elle est issue d’une riche famille et son père est le patron de son futur mari. Le cinéaste ne perd toutefois pas de temps dans un conflit des classes, une variation d’un amour interdit à la Roméo & Juliette. Il règle le problème en un plan fixe, simple, qui doit sa force au comédien qui campe le rôle du perd. Tout passe par son regard. Et c’est suffisant. L’ellipse suivante est courte, mais supprime toute lourdeur qui caractérise généralement ce genre de situation.

Cependant, il ne faut pas se leurrer, l’histoire et le film marche sur un fil. A de nombreuses reprise, on est susceptible de percevoir sa chute qui nous écarterait définitivement de la suite du métrage, et de sa puissance émotionnelle. A moment to remember est à l’image de son héroïne, un film fragile, que l’on a envie d’aimer à cause d’une sincère compassion, de chérir et de protéger, car on sait parfaitement que certains n’y verront qu’un film larmoyant et facile de plus. D’être comme Chol-su, un roc, une présence rassurante qui est capable d’essuyer les attaques. Si le film fonctionne, c’est aussi grâce à ses comédiens, et aux personnages. Ils sont riches, très bien écrit et ne se vautre jamais dans la complaisance facile. Parce qu’ils sont différents l’un de l’autre, qu’ils s’apportent mutuellement ce dont ils ont besoins, leur histoire n’en devient que plus poignante, parce qu’elle touche cette corde sensible de la représentation idéalisé de l’Amour, de la notion de couple. A bas le réalisme primaire et bardons nous de naïveté !

Ce devait être une histoire parfaite. Un conte de fée, une romance idyllique. Le parcours sans récif de deux être s’aimant. Mais la nature est capricieuse, le film l’illustre parfaitement. Les dés étaient pourtant déjà jetés. L’histoire bien connue, ne laissait aucune chance, aucune place à une surprise heureuse. Insidieusement, la maladie prend place à l’intérieur du couple. Elle n’était que trop sournoise. Au début, les symptômes prêtaient à sourire. Su-jin était une petite fille un peu tête en l’air, évanescente. Mais le ver rongeait la pomme. Une fois la maladie révélée dans toute son horreur, une fois l’effaceur dans la tête débusqué, la tragédie s’amorce pour ne plus jamais laisser respirer. C’est terrifiant de voir ainsi la déchéance de ce petit bout de femme, de voir les souvenirs s’échappés ainsi, alors qu’elle n’a que vingt-sept ans. Et c’est tout autant terrifiant d’être témoins de l’effondrement de Chol-su. Lui qui s’est déjà tant battu, qui a souffert de luttes intestines mais qui était sorti grandi et victorieux de ce combat. Lui qui représentait les fondations dans le couple, la force tranquille. Il est triste de voir ainsi celui que l’on pensait indestructible, s’effondrer sous le poids de la tragédie qui frappe sa vie.

Il est pire que la mort : l’oubli. Voir celle que l’on aime s’effacer, comme s’effacent votre image et votre présence dans sa mémoire. De la voir d’échapper, vous supplier de l’oublier à votre tour. Ainsi vous serez quitte. La torture est insupportable. L’homme restera digne jusqu’au bout. Bravant la souffrance et les larmes, dans un total abandon pour celle qu’il aime. Et qu’une fin absolument splendide de nous présenter le paradis. Quelques minutes précieuses et fragiles, tout juste rompues par le flot de nos larmes. A moment to remember n’est pas un film qui transcende son sujet, mais un sujet qui transcende le film. Parce qu’avec un thème aussi fort, la seule et unique chose qui importe, est de se souvenir des belles choses…

Publié dans Cinéma

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