L'adversaire de Nicole Garcia

Publié le par helel ben sahar

 


Le silence. Et les quelques notes de la partition si reconnaissable d’Angelo Badalamenti donnent le ton d’un film à l’atmosphère lourde, pesante et plombée. Rarement aura été atteint une telle ambiance oppressant où l’apesanteur dure ne laisse guère l’occasion au spectateur de respirer. Nicole Garcia met merveilleusement en image ce fait divers sinistre et sordide où chaque scène, chaque instant illustre un peu plus l’étrangeté et l’horreur qui ressortent de cette affaire.

Possédé par l’aura impressionnante de Daniel Auteuil, qui porte sur ses épaules le rôle pourtant très difficile d’Antoine Faure, le film, par une construction clinique, représente les faits, et leur déroulement par un entrelacement intelligent qui s’interrogent et se répondent mutuellement, expose la déchéance et l’agonie d’un homme dont l’image va petit à petit s’effriter à force d’une vie de mensonge. Bien que prévenu dès les premières images, il parait toujours aussi improbable que cette existence fausse, fabulée, où la vérité est constamment détournée pour donner la représentation d’un idéal, puisse exister, sinon même durer aussi longtemps. La réalisatrice se contente intelligemment d’illustrer les faits, sans effectuer le moindre jugement, ni aucune explication stricte ou psychologique. L‘histoire, déjà suffisamment forte par sa seule représentation, ne méritait pas moins.

Bien que Nicole Garcia maîtrise parfaitement son sujet et les moyens mis en place, elle peine toutefois à maintenir l’attention du spectateur pendant les deux heures du film. Elle privilégie l’ambiance, préfère disséquer les moindres faits au point de relâcher la pression et délaisser un rythme déjà lent. La progression gagne en pouvoir d’évocation ce qu’elle perd en énergie. L’impression par moment de ne pas savoir où l’on va, si la réalisatrice ne se perd pas dans la monotonie de son personnage rend le film encore plus difficilement digérable qu’il ne l’est déjà. En outre, les intermèdes interrogatoires nuisent au film, semble trop didactiques et n’apportent pas grand-chose, ce que l’on ne dira pas du monologue de Daniel Auteuil s’adressant directement au spectateur pour appuyer un peu plus l’aspect confessionnal que revêt parfois le métrage.

La réalisatrice nous immerge dans un film oppressant, on se sent agresser par les images d’une réalisation sobre, sans effets superflus, mais distillant cette lourdeur suffocante avec une rare maîtrise, une grâce vicieuse qui ne peut laisser indifférent. Par moment, le film se joue de nos sens, de la chronologie pour mieux nous plonger dans ce fait divers qui possède alors un côté surréaliste La musique joue aussi beaucoup dans cette impression, et des influences plus ou moins Lynchienne peuvent alors se faire ressentir. On en vient à se demander comment le réalisateur américain aurait lui-même illustrer cette histoire, et l’on ira jusqu’à dire que le résultat n’aurait pas été très éloigné du film qui nous a été donné de voir.

L’adversaire fait parti de ces films qui marquent, par la somme d’une parfaite adition de la forme et du fond, par le talent d’une réalisatrice en osmose avec son sujet et par la prestation hallucinante d’un comédien proche de la perfection. Le métrage devient alors une expérience à la fois douloureuse et mystérieuse. Celle d’avoir vu la vie d’un homme dont les motivations ne sont toujours pas claires, celle d’une douce folie qui jamais ne s’estompera, d’un épilogue horrible qui ne laisse guère de place aux mots.

Publié dans Cinéma

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