Garden state de Zach Braff

Publié le par helel ben sahar


Zach Braff est surtout connu pour sa participation à la sitcom Scrubs. Il y tient le rôle principal d’un show très bien écrit où il se révèle particulièrement bon. Pour effectuer une comparaison schématique et outrancière, on pourrait rapprocher Scrubs de la rencontre entre Friends et Urgence. Friends pour le côté humoriste, les personnes restreints et attachants à la personnalité bien définis. Urgence pour l’aspect hospitalier évidemment, mais aussi pour sa réalisation en plan séquence à la steadycam et le côté dramatique de la série. Il était étonnant de voir alors Braff réaliser son premier film entre deux saisons de Scrubs. L’acteur est plutôt jeune, et la série n’est pas non plus un succès phénoménal qui l’aurait poussé sous les feux de la rampe. Garden state raconte l’histoire de Andrew, rappeler par son père chez lui pour assister à l’enterrement de sa mère.

Dès les premières minutes, on se croirait encore dans l’une des visualisations des pensées qui parcourent l’esprit du jeune personnage principal de Scrubs. On retrouve ce même décalage face à une situation ici dramatique. Puis l’effet s’estompe comme Braff se réveille et l’on entre dans le vif du sujet. Très rapidement, la crainte d’avoir à faire à un énième teen movie ou variation s’efface complètement au profit d’une vision plus personnel et intime. Andrew est jeune adulte, acteur en devenir qui ne parvient finalement à ressentir une réelle émotion. La réalisation va accompagner alors ce personnage et se mettre au diapason de sa condition. Le filmage est posé, presque terne et épouse la neurasthénie qui semble habiter le jeune homme. Même la photo est étonnement morne pour ce genre de métrage. Se surprendra t-on quelque fois à apercevoir un plan aérien, en simple observateur et qui semble se détacher un peu du personnage au profit d’une vision plus générale de la situation. L’absence de musique alourdit davantage l’ambiance, encore un choix surprenant, qui n’a que plus de mérite.

Puis arrive la rencontre, magique, qui va progressivement changer le ton du film et de Andrew. Nathalie Portman donne une vie, une énergie incroyable à un personnage très bien écrit, qui ne méritait pas moins. Elle offre un jeu juste, baigné d’une folie bercée d’innocence. Le film se retrouve alors ballotté au rythme de ses paroles et de cette rencontre. Andrew va reprendre vie, une consistance et gonfler enfin le film de couleurs et quelque fois de musique. Le virage n’est pas brut, bien au contraire. Il se fait délicatement, le temps s’exerçant avec une infinie justesse. Chaque personnage tient magnifiquement son rôle, l’habite avec une véracité qui permet une assimilation immédiate et une possible personnalisation.

Garden state parvient à toucher en proposant une histoire simple, intime. La découverte de la vie et des émotions qui l’habitent avec une justesse étonnante, sans tomber dans le mièvre le plus écoeurant. Bien au contraire, un réel rapport s’installe entre le film et le spectateur. On a l’impression d’assister à une seconde naissance, et de voir enfin révéler un personnage. Andrew comble, grâce à ses amis, un vide émotionnel laissant vacant par un père psychiatre (parfaitement interprété par Ian Holm, tout en retenu). Le film devient même magique le temps d’une séquence magnifique en fin de métrage.

Il est finalement étonnant de voir autant de rigueur et de justesse dans une histoire simple. L’exercice n’était pourtant pas évident, le parcours semé d’embûches. Mais Braff évite tous les écueils avec une facilité déconcertante, sans recourir à une quelconque expérimentation, mais en offrant une histoire juste, touchante, des personnages bien écrits et une réalisation en parfaite harmonie avec son sujet. On se sent gorgé d’un sentiment paisible, une vague de bonheur devant tant de beauté d’une telle simplicité qu’elle en devient plus véridique à nos yeux. Garden state est le genre de film à se passer les jours où le moral est au plus bas, où l’on se sent pris d’une morne attitude, ronger par un cafard à l’appétit féroce. Il redonnera automatiquement un sourire apaisé sur votre visage, et le cœur gonflé prêt à repartir. Andrew pourrait être vous, ou votre copain, et son histoire faire partie de l’une des vôtres. Accompagnez le, juste le temps de ce film, et laissez vous envahir par sa simplicité.

 

Publié dans Cinéma

Commenter cet article