L'année du dragon de Michael Cimino

Publié le par helel ben sahar


Attention, l'issu du film est explicite à la lecture de cette critique.


Tout finit toujours par mourir, afin de laisser place à quelque chose de nouveau, qui décédera à son tour. Et ainsi de suite comme un éternel renouvellement. Chaque évolution est emplie à sa naissance, d’un étrange parfum de mort. Celui là même qui se diffuse lors des derniers instants de la vie. L’année du dragon respire cette senteur dès ses premières images. Celle d’une époque qui arrive certainement à son terme. Pour illustrer ce monde qui périclite, Cimino choisit une parade ancestrale et traditionnelle. Paradoxe savoureux, l’exception qui confirme la règle. Ainsi, certains parviennent à perdurer par delà le temps.

L’année du dragon conte l’histoire de deux hommes. Au moment du métrage, ils ont déjà vécu. L’un porte les cicatrices d’une guerre, l’autre le sourire carnassier. Une haine improbable faussée par sa souffrance, un appétit de pouvoir. Tout deux possèdent cette rage intérieure qui explose les convenances et les coutumes. Deux portraits s’opposant, certainement à cause de leur similitude. Ils regardent vers l’avenir. Un futur que l’un compose, quand le second se contente d’imploser le présent.

Le réalisateur impose une volonté de construire chaque personne par ses actes, et non par les mots. Se cachant de tout expliciter, il donne la matière au spectateur de réaliser son propre jugement. Ainsi, il s’attarde sur ces deux hommes, les illustre avec la complaisance d’un orfèvre. Il filme une époque qui s’éteint, qui se consume. La gangrène a envahit tout le corps de Chinatown, il faut à présent couper la tête et absoudre les maux. Ce crépuscule inflige une mélancolie au métrage, à la fois cruelle et salvatrice. Parcouru de mort, de souffrance, de colère et d’abandon. Empoignant avec une justesse habile chaque élément, Cimino invoque un climat convulsif. Les tragédies s’impriment dès la naissance, à l’aube de la mort.

Parcouru de fulgurance et d’extase, de tragédie et de compassion, le métrage de Cimino possède l’aura des grandes œuvres. L’épilogue époustouflant témoigne du caractère ultime de cette histoire d’une mort et d’une naissance. Le devenir est encore incertain, le métrage s’achève sur les cendres encore fumantes d’un monde qui peine à s’éteindre, trop ancré dans un mode de vie qui n’appartient pourtant qu’au passé. Dans cette interrogation, on sait pourtant que le plus dur a déjà été réalisé. Pour la première fois, la mélancolie a fait place à un espoir un peu dément… 

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