V pour Vendetta de James McTeigue

Publié le par helel ben sahar


V pour Vendetta pose une question intéressante : Le cinéma est-il devenu un outil de propagande plus efficace qu’une bande dessinée ? Assurément, la réponse est positive. Le cinéma détient une place plus importante et bénéficie d’une diffusion bien plus ample. De plus, il possèderait un caractère apparemment plus noble. Ou alors le neuvième art est encore trop mésestimé pour prétendre à un statut identique. L’idée de présenter un tel métrage est-elle nourrie par la volonté de transposer d’un médium à un autre une formidable et puissante Histoire, ou donner envie aux futurs spectateurs de lire l’œuvre de Moore et Lloyd ?

Le présent métrage démontre une incroyable volonté à ne pas figurer l’Intrigue qu’il narre. Le divorce du fond et de la forme apparaît rapidement et laisse place à un vide visuelle, que seule la puissance évocatrice de l’Histoire parvient à maintenir vivant. Aucune tentative de fulgurer des mots, aucune attention représentative d’un semblant de personnalité ne vient égayer la mollesse picturale qui s’anime devant nos yeux. Autant d’effort d’absentéisme accuse la médiocrité d’un cinéaste à reproduire ce qui était pourtant déjà gravé. Derrière les images, résonne l’écho lointain des mots de Moore. Cette pulsation verbale représente l’étincelle de vie entretenant l’attention d’un spectateur qui s’interroge sur la vacuité d’une telle entreprise. Lorsque l’on dispose d’une Histoire qui enfante un panel réflexif aussi imposant, l’image doit être capable de soutenir le propos. Mais pour réaliser cet exercice, encore faut-il être pourvu d’une personnalité. Evidemment, il manque une âme au film. Celle qui habite les plus grand métrage. Et présentement, il ne reste que celle d’un auteur qui n’affiche même pas son nom au générique. V pour Vendetta est un masque vide, une silhouette dépersonnalisé, un film désincarné.

V pour Vendetta est un objet laid. Pas monstrueux, ni repoussant. Juste laid. Anonyme et laid. On pourrait féliciter le réalisateur, tant il démontre un effort particulier pour enlaidir des images si évocatrices. Incroyable travail de banalisation visuelle. La plastique est morne et pauvre. Jamais, le réalisateur ne cherche à s’investir et impliquer le spectateur au cœur du métrage. Dans ce théâtre défraîchi, les acteurs s’exercent au funambulisme, et tous sombrent plus ou moins. Impossible d’exister au milieu de nulle part. Impossible d’exister dans ce lieu désincarner.

Que reste t-il ? Des idées qui jaillissent du métrage, celles inscrites par Moore au cœur de ses personnages. Un discours, étrangement symbiotique avec notre époque qui appuie un peu plus le caractère visionnaire et universel du message de l’auteur. Il reste surtout une œuvre dessinée, parfait écrin pour cette Histoire. Pourquoi faire des films dont l’unique qualité seraient de donner envie de découvrir l’original ? Lorsque le neuvième art n’aura plus besoins du septième art pour trouver ses lettres de noblesse, on pourra s’épargner ces vulgarisations immondes. Ainsi, on ne cherchera plus un palliatif pour évoquer une œuvre, on l’évoquera tout simplement.

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