Shaun of the dead de Edgar Wright

Publié le par helel ben sahar


Mêlé l’humour à l’horreur a toujours été casse gueule, le résultat allant du pire au meilleur, bien qu’ayant un penchant certains pour le premier cas. Issus de la télévision anglaise, les deux larrons Edgar Wright et Simon Pegg, qui ont fait leur classe en s’exerçant sur une sitcom, ont finalement décidé de prendre le risque et d’offrir leur vision du film de zombis. Maîtrisant l’humour, ils n’avaient plus qu’à se soumettre au code du film d’horreur pour offrir un film équilibré et jouissif. Evidemment, la formule est simple sur le papier, mais déjà bien difficile à mettre en œuvre. Le film de zombis a subi un actif regain d’intérêt depuis la sortie de Resident Evil. Nombreux sont les films que l’on a pu voir débarquer, effet de mode hollywoodienne oblige, toutefois, le maître avait profiter de cet engouement subite pour nous offrir le quatrième volet de son cycle des morts vivants. L’influence de Romero sur Pegg et Wright est indéniable, du clin d’œil à l’utilisation d’outils identiques, le maître de Pittsburgh semble habiter plus ou moins chacun des plans du film. Mais les deux scénaristes possèdent suffisamment de connaissances pour éviter le pompage et se contenter d’un hommage sincère dépourvu de la moindre considération autre qu’artistique. Il ne vogue aucunement sur les modes des zombis énervés, mais revient au style initial cher à Romero.

Shaun of the dead est une farce, un sommet d’humour décalé et absurde qui se mari le temps d’une heure et demi à l’horreur la plus crue. Bien qu’étant dans le domaine de l’humour, Wright n’a pas édulcoré son film pour autant. Il tenait à livrer une œuvre horrifique sans pour autant utiliser les outils de la peur, mais plutôt celui de l’humour pour dénoncer les maux qu’il désirait évoquer. Shaun est un être sans le moindre degré d’ambition, sans volonté, sans caractère qui se contente de se laisser vivre au point de ne plus vivre du tout. Son meilleur ami et colocataire est un parasite plus énorme encore, vivant au crochet de Shaun, il passe son temps à dealer un peu d’herbe, et de végéter sur le canapé en vidant les bières et regarder la télévision ou jouer à la playstation. Stigmatisant la dérive que peut atteindre certains laissés aller, les deux scénaristes utilisent la satire pour invoquer ce fléau d’ordre social. Il pointe leur récit dans une réalité palpable afin que les spectateurs perçoivent rapidement la vacuité de leur existence. Ces deux hommes sont des légumes, des être inertes qui ne possèdent pas une once de motivation quelconque.

Il faudra une catastrophe pour permettre à Shaun de réveiller sa conscience, l’expression prendre les armes vient tout de suite à l’esprit et ne pourrai avoir une application plus explicite. Afin d’élever ces deux personnages, Wright et Pegg les amènent à affronter des zombis, qui ne sont finalement que le reflet de ce qu’ils représentent. Renvoyant ainsi au Zombi de Romero et sa dénonciation d’un consumérisme qui ravageait le cerveau et les comportement des êtres humains, Wright et Pegg n’oublient pas que la farce et l’horreur passent finalement bien mieux quand le film possède un fond réel et n’est pas qu’une bête mise en image sans queue ni tête essayant en vain d’aligner les séquences drôles et horrifiques. Les deux scénaristes construisent savamment leur récit, abordent leur message par le prisme de l’action, ne perdent jamais le fil et délivrent un métrage au rythme trépidant. L’humour fonctionne à merveille jouant merveilleusement la carte du comique de situation et de l’absurde. La galerie de personnages pittoresques est irrésistible, chacun possède son caractère bien défini mais une marge d’évolution est toujours présente.

Techniquement le film impressionne. Wright associe toujours son filmage au récit, avec un sens du rythme impressionnant. Privilégiant les plans séquences – en steadycam ou travelling – au montage trop cut, il inscrit sa réalisation dans la même démarche que celle de Romero. Une réalisation qui est présente dans l’action, dynamique, mais toujours d’une lisibilité sans faille. On a le droit à de magnifiques effets de maquillage, et certaines séquences d’actions jouissives au possible en usant d’une simplicité mais toujours efficaces.

Jamais le mariage humour horreur n’aura si bien fonctionner. Les deux scénaristes parviennent à utiliser le savoir qu’ils ont acquis à la télévision, le sens de l’humour et son utilisation, tout en l’injectant dans un genre pourtant ultra codifié. En mélangeant ainsi les deux courants, ils gardent un équilibre juste. L’effet est incroyable, de parvenir ainsi à parasiter un genre son opposé sans toutefois que celui-ci ne soit remis totalement en cause dans ses fondements relève de l’exploit. On prend un pied indescriptible à suivre les aventures de Shaun, Ed et toute la clique qui les accompagne, on rigole à gorge déployée, certains peuvent se révulser devant le caractère excessivement gore de quelques scènes, comme d’autres prennent un plaisir immédiat. En utilisant ainsi l’humour, ils dynamitent le choc de telles scènes, et leur caractère outrancier devient tout de suite beaucoup plus acceptable. Shaun of the dead est un petit bijou d’horreur et d’humour. Et le mélange est absolument fracassant.

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