OSS 117 de Michel Hazanavicius

Publié le par helel ben sahar


Le terrain de la parodie est toujours un peu glissant, la frontière qui sépare la justesse du ton, à la facilité permise par l’entreprise est mince, et le résultat peut rapidement basculer de la franche réussite au ratage plus ou moins totale. Le genre impose également un choix, celui de jouer la carte de la retenue, ou bien assumer son caractère le plus outrancier, la demie mesure confinant le plus souvent à une création bâtarde qui oublie souvent d’être drôle. Le réalisateur est un habitué de l’exercice. Il a pu prouver par le passé qu’il était tout à fait apte à tenir les reines d’un tel projet. Aussi, de le retrouver derrière la caméra et à l’écriture n’est pas une surprise, et devient même un atout rassurant. OSS 117 est la réponse absurde à tout un pan du cinéma d’espionnage, les James Bond en tête, et également à toute une période.

Dans sa construction, OSS 117 colle parfaitement aux structures des films d’espionnage. Un introduction résolument « m’as tu vu » pour présenter son personnage principal, sa figure centrale. Dès ces premières minutes, on peut apercevoir la volonté du réalisateur de proposer un pastiche respectueux, qui tourne en dérision sans jamais porter de jugement. La noblesse de la parodie, de la dérision tout en gardant à l’esprit le caractère révérenciel, l’hommage déférant. Cette attention marque assurément la réussite totale du métrage, cette faculté d’être toujours juste dans l’humour que le cinéaste emploie, et dans les moyens déployés. Hazanavicius opère une sacralisation d’un genre, qu’il pervertie par l’absurde pour un résultat réellement savoureux.

Pour donner vie à cet espion gauche, le cinéaste a choisi Jean Dujardin, et on peut sans mal affirmer qu’il n’est pas de choix plus judicieux. Acteur formidable qui possède un éventail de jeu encore insoupçonné aujourd’hui, il déploie un talent impressionnant pour retranscrire la maladresse improbable qui caractérise son personnage. Au-delà du simple fait de donner le rôle à un acteur reconnu, qui surfe sur une vague de franche réussite (Brice de Nice), il existe également la volonté de fulgurer la dimension incantatoire du monsieur tout le monde, qu’incarnait Dujardin dans la série qui l’a fait connaître. Campant le Français moyen dans la représentation du couple, il représente, aux yeux des Français, le symbole d’une universalité. En utilisant pareille connotation sous-jacente, sa description en espions franchouillard, machiste, raciste et homophobe, devient une savoureuse et légère critique du Français – autant de l’époque, que d’aujourd’hui.

Pour donner vie à un tel exercice, toujours en ayant à l’esprit le respect du genre qu’il parodie, Hazanavicius impose les codes visuels de l’époque, usant des différents artifices pour abattre les frontières temporelles qui auraient pu freiner l’enthousiasme du métrage. Réalisation volontairement passéiste, décors en carton pâte, transparence, tous les ingrédients sont réunis pour représenter le film tel qu’il aurait été réalisé dans les années 60/70. Cette envie de faire du vieux avec du neuf nous renvoie à notre appréciation du cinéma, et ce besoin compulsif d’hyper réalité. A l’ère du numérique, des effets spéciaux repoussant constamment ses propres limites, un tel exercice est une formidable réponse à toutes ses injonctions qui s’emparent des métrages, quand leurs effets spéciaux n’atteignent pas le degré vériste exigé. Dans OSS 117, tout est faut, pourtant, « ces défauts » n’empêchent pas le film de fonctionner. Au contraire, cet aspect dépassé du cinéma devient un critère positif et essentiel du métrage. Ainsi ce critère de plausibilité d’un effet ne devient plus essentiel dans la critique d’un film, mais s’accompagne d’un recul qu’il est indispensable d’opérer lorsque l’on regarde une œuvre. Cette question qui sous tend dans OSS 117, peut dès lors abroger les affirmations technocrates de toutes critiques qui ne jugeraient que par le rendu d’un effet, basant son opinion négatif du film uniquement par le truchement de sa conception graphique.

OSS 117, en plus d’être une comédie parfaitement réussie, n’accusant aucun coup, devient une réflexion sur notre rapport à l’image, et sa dimension réaliste. Le métrage agit sur notre mémoire de cinéphile, sur la conception d’un art en perpétuelle évolution dans sa conception. Bien plus qu’un simple pastiche, qu’une simple parodie, OSS 117 représente un objet de réflexion nécessaire pour appréhender l’avenir d’un médium et notre rapport à celui-ci. Même si au-delà de toutes ces pensées, il existe le plaisir immédiat de retrouver enfin une vraie comédie du mot et des situations, qui ne racole jamais et qui procure une satisfaction que l’on pensait presque avoir oublié. Ce film est un miracle, en espérant qu’il parvienne à se reproduire…

Publié dans Cinéma

Commenter cet article

Varock 10/05/2006 23:43

Je ne m'en souvenais plus mais ça m'est revenu d'un coup... Il a aussi réalisé à l'époque de Canal le grand détournement ! PAS MAL !

Novatilla 02/05/2006 10:28

J'avais déjà envie d'aller le voir, mais cette critique me donner envie de foncer. ;-)

helel ben sahar 03/05/2006 00:50

Tu peux  ! Ce film est un petit bonheur que je ne saurai trop de conseiller !