Azumi de Ryuhei Kitamura

Publié le par helel ben sahar


Kitamura est capable du pire comme du meilleur. Il a prouvé qu’il savait être un formaliste efficace, qu’il vouait un profond respect pour le cinéma de genre tout pays et cultures confondus, qu’il faisait preuve d’une générosité sans faille dans son approche du cinéma, ce qui pouvait parfois causer davantage de tord, que de bien. Azumi est inspiré du manga éponyme de Yu Koyama et présente l’histoire d’une jeune orpheline recueillie par un vieil homme. Il élève ainsi la jeune fille, ainsi  que des garçons, dans le but d’en faire des assassins.

Dès les premières images, on reconnaît immanquablement le style de Kitamura, cette façon de filmer, qui n’est pas révolutionnaire en soit, mais imprimé d’une réelle identité. Le réalisateur ne s’exprime jamais mieux que dans l’action, la débauche d’une violence graphique, souvent inspirée du manga en général, et parfois du jeu vidéo. C’est dans ces furieux moments qu’il parvient à extérioriser ses capacités de cinéaste. On peut regretter que son cinéma ne repose que sur l’esbroufe visuelle, manquant cruellement de fond, de matière à alimenter les discussions, mais l’on ne pourra certainement pas lui enlever cette capacité à procurer des sentiments jouissifs, ces émotions peut-être puériles qui nous envahissent sitôt les scènes abordées. On est devant un film de Kitamura, on sait pertinemment ce que l’on va visionner.

Azumi ne déroge pas à la règle, mais se pare d’une ambition accrue, sûrement due au manga qui sert de fondation au récit. L’histoire semble moins dépouillée que ses précédents travaux et ne ressemble pas à un exercice de style plus ou moins déguisé, mais un vrai film. Et c’est d’ailleurs dans cette évolution, que Kitamura affiche ses limites. Le cinéaste est encore jeune et aura largement le temps de mûrir son cinéma, mais il est évident qu’il ne parvient pas toujours à convaincre dans Azumi lorsqu’il aborde de simples dialogues ou des scènes intimistes. Bien que le film semble assumer une certaine théâtralité dans son récit, la réalisation de ces scènes souffre d’un côté ampoulé, que le réalisateur ne parvient jamais à outrepasser. Le filmage est plat, rompant ainsi la virtuosité de l’action lorsqu’elle se débride. On devine, par l’intermédiaire de ces scènes une certaine frustration, comme un enfant impatient d’atteindre le dessert, mais devant invariablement finir son plat de résistance.

Mais dès que l’action explose, Kitamura renaît, retrouve ses moyens et délivre un spectacle impressionnant de maîtrise, et provoquant ce souffle de jouissance qui caractérise son cinéma. La violence, les combats deviennent poétiques sous les assauts de sa réalisation, il iconise chaque mouvement, chaque plan, afin de parvenir à une sacralisation de ses personnages. Il affiche clairement ses intentions de retrouver le cadrage héroïque propre au manga, en usant de pose et de plan justifiant une telle représentation. Les combats sont des ballets, il possède une maîtrise de l’espace impressionnant et parvient, avec une économie de plan et d’effet à cerner l’espace grâce à une caméra mobile qui colle à la scène sans la rompre.

Mais Azumi ne s’exerce pas seulement dans la représentation de son action, mais davantage dans son personnage principal. Aya Ueto parvient, par son jeu, à imposer un regard multiple au film, en représentant le spectateur à l’intérieur de celui-ci. Son inexpressivité apporte un caractère froid au personnage, donne aussi parfois l’impression de se demander ce qu’elle fait là, mais lorsqu’il s’anime de vie, c’est pour mieux représenter l’humanisme latent qui l’habite. Ainsi elle expose elle-même les questions qui nous taraudent. Le métrage pose les questions sur l’éducation et le conditionnement, ce lien étroit qui les sépare. Leur enfance, gouverné par celui qu’ils appellent Grand-père représente cette scission, être humain nécessite l’éducation, assassin le conditionnement par l’abnégation des sentiments. La montée de cette impuissance qui parcoure l’héroïne est parfaitement dosée, et va donner au film, le souffle pour atteindre le climax recherché. La bataille finale qui voit s’opposer Azumi à une centaine d’hommes provoque l’apogée du film, conjugue la dramaturgie naïve qui habitait le métrage, à cette violence lyrique. Il associe également les deux penchants de Azumi, la froideur de la guerrière, de l’assassin et la compassion de l’être humain. La dévotion qui habite chacun de ses gestes, magnifiée par une réalisation irréprochable, la conviction qui nourrit son instinct la voit danser autour de ses assaillants, diffusant la mort au rythme de ses pas. Le résultat est une poésie sanglante.

Azumi n’est pas le film le plus maîtrisé de son auteur, mais certainement celui qui procure une satisfaction homogène. Quand bien même, le métrage est parcouru une nouvelle fois de faute de goût évidente, de personnages qui ont du mal à passer du manga au film live, il contient une richesse visuelle impressionnante dans la valorisation de ses combats, mais surtout de ses personnages. Kitamura ne s’adonne toujours pas à une psychologie poussée de ses protagonistes, mais leur insuffle suffisamment de vie pour que l’on se sente concerné par leur sort, leurs actions. Kitamura nous offre tout simplement un très beau film d’action.

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