Marduk

Publié le par helel ben sahar

Marduk ne se situe clairement pas dans la même ligné qu'un Darkthrone ou Mayhem. Déjà, le groupe n'est pas Norvégien mais Suédois. Ecrit ainsi, cela ne revêt aucune espèce d'importance, et pourtant, cette différence géographique joue beaucoup dans cette autre approche du black metal. Marduk ne fait pas concrètement partie de cette confrérie qui a agité et créé la scène à ses débuts - je veux parler de l'inner circle, composé de Mayhem, Emperor, Darkthrone... - mais a été accepté en leur sein malgré leur nationalité Suédoise, et c'est d'ailleurs le seul groupe à bénéficier d'un tel traitement de faveur.

Marduk joue clairement dans une catégorie similaire, tout en assumant sa propre personnalité qui demeure encore aujourd’hui. Le premier album du groupe – Fuck me jesus (1991) - (en fait une démo, aujourd’hui culte) affiche clairement ses attentions antichristiques en utilisant un hommage au film l’exorciste. La pochette présente une femme se sodomisant avec un crucifix, l’image est on ne peut plus claire, et le groupe ira jusqu’à utiliser un sample du film en introduction (let jesus fuck you). On retrouve dans cet opus toute la noirceur du black metal, mais également une attitude bien plus pugnace dans les compositions que leurs illustres prédécesseurs. Marduk ne fait pas dans la demi mesure, il assène son black metal tel un rouleur compresseur, jamais subtil, mais toujours aussi efficace. Ils tiendront cette identité au fil des albums, ce qui leur vaudra autant de reproches que de liesses, mais qui constitue l’identité profonde d’un groupe intègre dans le fond de leur musique.

 

 

 

 



Un an à peine après leur première démo, Marduk donne un successeur tout aussi ravageur Dark endless (1992) et sillonnant dans des dédales en décompositions avec la rage d’un rouleau compresseur. Encore dans cet œuvre, on perçoit l’influence des aînés (au niveau production), tout en remarquant cette brutalité qu’ils ont fait leur. Those of the unlight (1993) continue dans le genre rapidité exacerbé tout en privilégiant quelques titres lents et lourds pour éviter une répétition. S’imposant petit à petit au sein d’une scène encore en construction, mais à son apogée, il développe leur style, leur nom, avec un professionnalisme impeccable. Opus nocturne (1994) commence à afficher quelques lacunes, dû en partie à un rythme effréné de sorties (un disque par an). Pourtant, le groupe tentait de changer très légèrement son style avec une amorce plus atmosphérique, et des compositions privilégiant la facette lourde de leur visage. Mais la production trop faible pour appuyer leur volonté annihile complètement les chances de voir leur « audace » emporter l’adhésion. Toutefois, il place au sein de ces titres communs, une chanson magistral – Materialized in stone – qui préfigure dans leur panthéon personnel. Associant une lourdeur vindicative, une rythmique imparable, ce titre procure des visions dévastatrices qu’il fait bon de cultiver.


En 1996, Marduk affirme véritablement leur identité et assumera totalement la violence qui les caractérise désormais. Heaven shall burn constitue la première pierre de l’édifice et sera marqué du sceau du sang. Véritable chef d’œuvre qui voit apparaître un nouveau et charismatique chanteur : Legion. Cet homme sera la voix, le cri d’un groupe qui manquait d’une figure emblématique. Son chant effroyable en fait un des chanteurs les plus impressionnants du black. Associé à ce regain de violence dans les compositions, et une production digne de ces nouveaux titres, Heaven shall burn assoie clairement Marduk à la postérité et impose son nom à une scène. Possédant des titres ultra rapide, et d’autres plus lent (le grandiose Dracul Va Domni Din Nou In Transilvania), l’équilibre est parfait ! Monument épique en gloire au grand saigneur, Dracul… transporte l’auditeur dans ces contrées étrange, où règne le sang.


En 1997, le groupe livre son premier live. Véritablement axé pour les fans, et également pour témoigner que Marduk fait parti des rares groupes de black à se produire aussi efficacement sur scène, Live in Germania constitue un live « naturaliste », c'est-à-dire, en prise de son quasi naturelle sans retouche studio. En ressort un côté un peu étouffé qui le rend proche de l’inaudible. Curiosité savoureuse, mais qui ne convint pas forcément de leur maestria scénique.







 

 

 

 

 

 

Nightwing (1998) confirme l’orientation prise par Marduk sur l’album précédent, en réaffirmant leur position de mastodonte brutal, tout en créant une pièce qui fera date au sein de la scène black metal. Premier volet d’une trilogie, cet opus poursuit le travail autour du sang de Heaven shall burn. L’interprétation comme la production ne laisse rien au hasard. Tout est maîtrisé à la perfection, et l’album constitue un des meilleurs disques du groupe tout confondu. Violence malsaine, brutalité impitoyable et lourdeur sans équivoque, la place pour respirer s’amenuise et l’écoute devient un véritable parcours du combattant. Symbolisant cette rage qui les définit implacablement, Marduk est désormais lancé et rien ne les arrêtera.







On pensait que le groupe avait atteint ses propres limites dans sa représentation de la violence, on se trompait lamentablement. Poursuivant sa trilogie, après le sang, place à la guerre. Morgan principal compositeur et âme damnée de Marduk présente une passion ouverte pour la guerre, et collectionne des objets en rapport à celle-ci et spécialement des objets ayant appartenus aux allemands pendant la seconde guerre mondial. Ainsi, quoi de mieux pour représenter la charge dévastatrice de nouvel album qu’un char d’assaut allemand, le panzer ! Panzer division Marduk (1999) est un concept album dans sa plus simple expression. Un chef d’œuvre d’une intelligence rare qui place le groupe au somment de leur art. En huit compos et trente deux minutes au compteur, il place la barre très, très haute en matière de brutal black metal. Une déflagration sonore qui débute par le sample d’une guerre, et se finit par les larmes devant tant de violence et barbarie. L’analogie avec le panzer n’est pas excessive, la violence haineuse qui se dégage de cette pièce musicale grandiose constitue une bande son ultra représentative de cette sale guerre. Le rythme ne faillira pas, toujours dans cette violence excessive, dans ce rouleau compresseur qui ne laissera rien derrière lui, pas même l’auditeur. Ecouter Panzer division Marduk jusqu’au bout représente un tour de force tant l’exercice est périlleux et douloureux. Le groupe assène au fer rouge sa rage et sa colère, marquant l’auditeur d’un tatouage guerrier indélébile. Marduk s’était affirmé de ses pères en usant d’une violence peu commune, il l’impose avec cet opus à son sommet. Album paroxystique d’une identité déjà bien affirmé, Panzer division Marduk est le chef d’œuvre ultime d’un groupe.


Pour marquer cette intrusion dans le panthéon de la musique, le groupe de donner enfin un digne représentant à la bête de scène qu’ils sont. Infernal eternal (2000) est le live que tout le monde attendait et qui impose Marduk comme le meilleur groupe de black sur scène, devant Mayhem qui pourtant, et malgré les ratés techniques qui parsemaient ses live, parvenait à retranscrire avec justesse l’atmosphère de leurs compositions. Ce live est tout simplement dantesque. Bénéficiant d’un son à la mesure de sa réputation, on a là la preuve que le groupe est aussi violent sur scène qu’en studio. Légion possède un charisme impressionnant, et surtout, son chant est d’une puissance que l’on n’imaginait même pas. Véritable frontman aussi vindicateur haineux que digne descendant de ses suppôts de Satan, il canalise l’atmosphère des albums dans son chant. Le reste du groupe n’est pas bien évidemment pas à la traîne et assène le rouleau compresseur au rythme d’un marteau pilon qui ne fait pas dans la dentelle.


Après de tels morceaux de bravoure, on imaginait le groupe s’arrêter là, mais il manquait la touche finale de leur trilogie. Après avoir invoqué le sang dans Nightwing, la guerre dans Panzer division Marduk, il ne manquait que la mort. C’est chose faite avec La grande danse macabre (2001). On pourrait presque affirmer que l’on trouve évident le fait que cet opus déçoit. Après avoir toucher les cimes de leur genre, les Suédois ne pouvaient que retomber. Peut-être pour la première fois, cet album ne se dévoile pas totalement aux premières écoutes. Généralement, Marduk ne brodait pas, ils balançaient leur brutal black metal avec force et sans complaisance. Avec cette Grande danse macabre, le groupe impose une atmosphère, avant de présenter des morceaux. Un peu à l’image de Panzer, il faut voir l’album comme un tout, et non comme une succession de titres tantôt brutaux, tantôt lourds. Ainsi, on perçoit l’ambiance funeste qui parcourre le disque, cette ode à la mort qui possède un aspect immuable. Sentant les charniers en décomposition, ainsi que les funérailles d’un maître de guerre, on sent une ambiance finalement mélancolique derrière cette brutalité évidente. Toutefois, l’album n’est pas exempt de défauts. On peut reprocher quelques titres un peu trop faciles pour le groupe, et surtout, pour la première fois, on sent que leur style va vite laisser apparaître ses propres limites.


World funeral (2003) ne présente aucune surprise et c’est sans doute le principal défaut qu’on imputera à cet opus. A présent, Marduk fonctionne un peu en roue libre et ne se met plus en danger. Il compose leur album en une succession de morceaux violents et lourds, sans lien qui les unirait entre eux. Toutefois, on retrouve quelques pièces dantesques comme Castrum doloris qui à l’image de Materialized in stone et Dracul Va Domni Din Nou In Transilvania s’impose comme un monument de black metal lourd magnifié par le chant de Légion. Prouesse vocale pour un titre impressionnant, qui repose essentiellement sur les performances du vocaliste. Quelques perles parsèment également ce World funeral comme Bleached bones, To the death's head true ou encore Night of the long knives. On ressent tout de même une pointe d’amertume face à un groupe qui se repose un trop sur ses acquis.




La nouvelle livraison de Marduk arrive avec une ponctualité impressionnante. On pourrait presque dire qu’il n’y a rien d’étonnant là dedans, mais pourtant, une annonce cruciale marque cet album. Legion, ce chanteur si charismatique et figure principale de Marduk (malgré le fait que Morgan soit et reste toujours l’âme créateur du groupe) a quitté les Suédois. Devant une telle information, on pouvait douter sur l’avenir du groupe et pourtant le voilà avec un nouvel opus avec cette régularité qui les caractérise. On s’interrogeait sur les capacités du nouvel arrivant à remplacer à un homme qui a imprégné Marduk à ce point et l’on doutait sérieusement. Mais finalement, ces doutes sont rapidement balayés, puisque Marduk s’est offert les services d’un des meilleurs chanteurs de black actuel : Mortuus (Arioch) leader du groupe Funeral mist (une autre formation de black metal qui a imposé son nom au style avec le chef d’œuvre Salvation – véritable album de black qui associe la primitivité du style avec un aspect technique très travaillé au niveau du son, peut-être ce qui s’est fait de mieux dans le style depuis bien longtemps). Et ce n’est pas peu dire que le monsieur s’en sort avec une efficacité et un talent impressionnant. Toutefois, le groupe déçoit un peu au niveau des compositions, à l’image du précédent album. Reposant davantage sur un contexte morbide, décrépi, une ambiance de putréfaction malsaine, il privilégie l’aspect lourd de Marduk, qui se marie parfaitement avec le chant si caractéristique de Mortuus. Plague Angel (2004) ne convint uniquement grâce à la présence de ce nouveau chanteur, et non grâce à ses compositions.


C’est certainement un peu prématuré de livrer un live si tôt après le démentiel Infernal eternal, mais on peut comprendre la volonté de Morgan de faire taire certaines mauvaises langues qui se lamentaient du départ de Legion. De plus, vu les capacités du groupe sur scène, ce n’est pas tellement superflu de proposer un live après trois nouveaux albums (démarche similaire entre Live in Germania et Infernal eternal). Ce Warschau (2005) présente donc un Mortuus reprenant les titres de Legion avec un aplomb confondant. Personnalisant ces compositions avec son chant haineux, il scande véritablement les paroles comme s’il était en train de réciter un violent discours. Mortuus parvient même à éclipser finalement le précédent chanteur, et de ne pas le faire regretter. Le live en lui-même est excellent, reprenant un son plus brut, entre Live in Germania et Infernal eternal, on retrouve toutes les qualités du groupe sur scène, avec un son brut, qui sent la sueur de la fausse.


Marduk est un groupe qui est parvenu à se faire un nom aussi puissant que sa musique est brutale et violente. Possédant quelques petits chefs d’œuvre au sein de sa discographie, il s’impose comme un représentant important du black metal. Jouant parfois avec une idéologie borderline, il assène un discours antichrétien, antireligion sans détour, sans métaphore, comme un uppercut direct au visage de ses auditeurs. Tout cela manque un peu de finesse, évidemment, mais ce n’est pas non plus le créneau des Suédois.

Publié dans Musique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

JérÎme 21/07/2006 16:21

Très bonne critique de l'oeuvre de marduk. C'est rare d'avoir un point de vue complet et pointu sur leur musique, vu qu'en général les journalistes se contentent de rappeler combien le groupe est extrême.
Heaven Shall Burn est l'album par lequel je les ai découvert et celui qui demeure à mon goût leur chef-d'oeuvre. Un disque inhumain, tout simplement.