Crying fist de Seung-wan Ryoo

Publié le par helel ben sahar


Deux destins tragiques, deux hommes acculés et la boxe. L’histoire est simple, prévisible même. Les films ayant la boxe comme sujet ou contexte sont nombreux et ont fortement apposé leur emprunte dans le panthéon du cinéma. Il était toujours intriguant de voir ce que le cinéma Coréen pouvait apporter comme vision au genre. Qu’une culture différente allait soulever comme éléments novateurs. Crying fist peut décevoir de ce point de vue là, tant on ne ressent pas foncièrement de différences palpables dans l’appréhension du sport comme de l’histoire ou des personnages. Peut-être peut-on remarquer une volonté supplémentaire dans l’absolution, mais rien qui ne mérite de marquer les mémoires pour autant.

Seung-wan Ryoo prend son temps pour construire son récit. Il use d’un minutieux travail dans l’exposition du quotidien de ses deux personnages principaux. Afin de créer l’empathie nécessaire pour ce genre de métrage, il installe durablement le contexte dans lequel vont évoluer les deux protagonistes, ainsi que les personnages qui gravitent autour d’eux. Le spectateur prend pleinement conscience de leur vie, et de la manière dont est déconstruite leur existence au fur et à mesure du récit. Mais le réalisateur évite soigneusement de tomber dans le pathos, de rendre son histoire misérabiliste.

En effet, Gang Tae-shik et Yoo Sang-hwan n’apparaissent pas systématiquement sympathiques, bien au contraire. Ils sont dépeints comme des êtres parfois durs, sans cœurs et arrogants, stigmates d’un manque de reconnaissance. L’un est usé par des années de misères, l’autre est un jeune sans repère. Alors que l’on pouvait craindre une rencontre entre les deux hommes et un apprentissage mutuel fort convenu, le réalisateur nous épargne cette vision éculée, au profit d’un développement en parallèle.

Cependant, le cinéaste peine parfois à joindre les deux bouts, et perd à force de minutie, l’attention du spectateur. Il prend tellement de temps à déconstruire ses personnages, à multiplier les évènements, qu’il casse le bon déroulement de l’intrigue et finit par provoquer un ennui poli. Bien que ces scènes, prises indépendamment, fonctionnent et apportent émotionnellement, on finit par regretter leur présence, tant l’histoire aboutit à un sur place contraignant. On imagine bien le réalisateur pétri de doute dans sa salle de montage, s’arrachant les cheveux à l’idée de couper, et finalement préférant laisser le film tel qu’il est.

Toutefois, cette longue construction finit par trouver un écho favorable dans l’aboutissement du récit et l’accomplissement des personnages principaux. L’histoire a tellement collé aux parcours de ces deux hommes, que l’attachement ainsi provoqué, permet de se sentir concerner par leur conclusion. Ainsi, leur rencontre en final devient un climax imposant, où l’on ne sait pas qui l’on doit supporter ou bien qui va l’emporter. L’implication émotionnelle est tellement grande que ce match nous tient en haleine et sa résolution manquerait de nous arracher quelques larmes. Le combat devient un ballet violent de corps s’entrechoquant. Le témoignage d’une volonté confinant deux hommes à l’explosion d’une rage désespérée, mais en gardant l’honneur qu’un tel duel implique. L’expression de remords et de regrets. L’absolution et la rédemption.

Pour filmer les combats, Seung-wan Ryoo n’use d’aucun effet particulier, mais propose un filmage simple et précis qui donne la part belle aux combats et aux acteurs. Le temps d’un court combat et d’un round, le réalisateur se paie même le luxe de filmer l’intégralité en plan séquence. La dépense physique est alors palpable, l’énergie des acteurs et leur hésitation. Tout se déroule dans un contexte amateur, chaque coup manqué, chaque précipitation, chaque erreur sont ainsi mis en valeur, magnifié et justifié par la réalisation et l’absence de doublage. La lutte n’en devient que plus belle et noble.

Crying of fist ne marque pas de pierre dans le registre du film de boxe, mais il déborde d’une telle générosité que l’on se trouve emporté par tant de grâce et de véracité. Bien que l’on sente les limites le temps de la longue évolution des personnages, le final efface toutes les rancoeurs ressentis, au profit d’une sensation de plénitude à la vue de ses deux hommes, pour qui la boxe était leur purgatoire exprimant l’absolution de leurs maux, de leurs erreurs passés. Le réalisateur nous fait grâce de tout épilogue, et nous laisse conclure leur histoire. C’est un bien beau cadeau, maintenant que ces hommes et leur entourage nous sont si familier.

Publié dans Cinéma

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