A bittersweet life de Kim Ji-woon

Publié le par helel ben sahar


On attendait le nouveau métrage de Kim Ji-woon avec une impatience non feinte après la semi réussite de son Tale of two sisters, qui demeurait un film au formalisme léché proche de la perfection, mais dont la conclusion confuse et laborieuse se noyait dans une surenchère métaphorique à défaut de vouloir réellement dévoiler sa résolution. Il attaque un autre genre avec A bittersweet life, celui du film de gangster façon The killer. On est alors plus rassuré sur le développement de l’histoire, compte tenu du thème simpliste et rabattu du film, dès lors, on peut penser que le cinéaste va se pencher davantage sur la réalisation.

Sun-woo est l’homme de main principal du président Baek, un chef de la pègre. Quand celui-ci ordonne à Sun-woo de surveiller sa nouvelle et jeune girlfriend afin de savoir si elle le trompe, et de les éliminer si cela s’avère être vrai, les repères de l’homme va fuir comme une poignée de sable dans une main.

Des les premières images, on retrouve ce qui faisait la grâce de son précédent film. Kim laisse parler les images pour présenter son personnage principal. Seul à table, mangeant son dessert avec minutie, déranger pour régler une affaire, tous les mots sont alors superflus. Avec précision, Kim parvient à nous dévoiler la psychologie de Sun-woo, son travail méticuleux et absolument voué à la réussite pur. Sous ces airs angéliques, se cache un homme froid, sous cet air absent, se révèle un homme déterminé. On est alors impressionné par ce charisme fou, ce sentiment implacable qui apparaît et nous laisse sur les genoux. Alors que la suite du scénario nous fait un peu peur par son classicisme qui semble nous prévenir de tout ce qui va se dérouler avec trois trains d’avance, on est surpris par le ton général que va emprunter le cinéaste.

Kim filme avec détachement la relation entre Sun-woo et Hee-soo en train de naître. Parce qu’il dynamite toute tension sexuelle au profit d’un profond et mutuel respect, le métrage se teinte d’un romantisme timide. Le réalisateur développe alors un ton vaguement contemplatif, et met en image les longs errements de Sun-woo au volant de sa voiture. Il est impossible de ne pas évoquer Mann dans ces élans citadins et nocturnes tellement le réalisateur américain de Collateral semble habiter la scène. Il est d’ailleurs étonnant de retrouver le fantôme de Mann ainsi habiter ces quelques images dont on se demande si cette même présence est réellement pertinente et trouve sa place naturellement au sein du film. Ces petites ruptures, heureusement, tendent également à apporter une illustration du caractère de Sun-woo, le résultat n’est pas vain.

A bittersweet life atteint son climax à l’heure de film. Dans une longue et éprouvante scène, le cinéaste parvient à atteindre une profondeur, une rage et une force qui impressionnent tout au long de ces longues minutes. Après la langueur éthérée qui nous accompagnait lors de la relation naissante, et des petits aléas propres à sa condition d’homme de main, nous voilà plonger dans la noirceur réaliste de l’univers mafieux. Comme un claque pour se sortir d’une douce torpeur, on est agressé par la barbarie impitoyable de ce milieu. Dans un élan sadique au possible, Kim filme sa scène avec une économie de moyen (bien que quelques tics soient superflus) qui possèdent alors une force de persuasion et une cruauté évidente.

Malheureusement, après cette scène, alors que le film aurait dû tourner en roue libre sauvage et vengeur, le réalisateur perd pied. Le chemin devait sûrement être trop évident pour que Kim puisse l’emprunter, pourtant il est dommage que le réalisateur n’est pas suivi cette voie. Après ce climax, il tombe dans une succession de scènes où se côtoient burlesque semi parodique, et froideur non maîtrisée. Le résultat varie entre ridicule et incompréhension quant au traitement de certaines scènes pourtant importantes. Le film trouve alors avec peine un rythme en adéquation de son histoire, devient boiteux à force de jouer sur plusieurs tons. Ces ruptures provoquent également un détachement de la part du spectateur qui ne se sent finalement plus autant impliqué émotionnellement dans l’histoire. Ainsi, la dernière scène qui aurait dû imposer une emphase, un fatalisme devient plus ou moins quelconque, certainement impersonnel. Kim ne retrouve pas la grâce qui avait habité Woo lors du final de The killer, qui était parvenu à un épilogue tragique au sein d’un gunfight grandiose.

A bittersweet life déçoit. Alors que le réalisateur opère une magnifique première partie en évitant tous les poncifs et écueils propres au genre qu’il traite, il chute sur la partie pourtant plus évidente. Comme quoi, le réalisateur peine une nouvelle fois à conclure son récit, et trouve bien plus de compétence dans la difficulté que dans la simple illustration. Il manque de rigueur, et ne semble pas assez faire confiance à son scénario, au pouvoir parfois insurpassable de l’évidence et du classicisme. Kim n’a pas voulu emprunter tout à fait le même chemin que ses prédécesseurs, cela est peut-être dû à une certaine fougue de la jeunesse, et une volonté de se démarquer de ses pères. Mais la sagesse a parfois du bon…

Publié dans Cinéma

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