La belle & la bête de Jean Cocteau

Publié le par helel ben sahar


Il est des histoires immortelles. Des contes éternels narrant un amour impossible. La poésie d’une rencontre, le lyrisme de l’apprivoisement entre deux êtres. La belle & la bête fait partie de ces histoires, il en est même le parfait ambassadeur. Indémodable, ce film ne vieillit pas, traverse les âges et offrent toujours ce poème bercé par l’onirisme d’un réalisateur maître de sa vision. Mais c’est également intimidant de s’exprimer sur un tel film. Que pourrai-je ajouter qu’il n’ait déjà été dit ? Comment parvenir à trouver les mots qui expriment ce que tellement ont affirmer précédemment. La belle & la bête est devenu au fil du temps, un film qui nous appartient. Petit à petit, cette histoire a été la nôtre. Le thème a été repris maintes et maintes fois, au cinéma, à la télé, en dessin animé. Tout comme les amants maudits, Roméo & Juliet, l’histoire de la belle et la bête résonne au sein de toutes les œuvres, parce qu’elle a su marqué de son emprunte notre culture.

Elle pourrait s’appeler Cendrillon, elle se nommera Belle. Sa présence est lumineuse, elle provoque la joie, l’envie, le désir, la jalousie et la colère. Elle pourrait sauver un homme ou une bête d’un simple regard. Mais la beauté est douloureuse, elle devra l’apprendre à ses dépends. Elle possède l’innocence fragile d’une enfant ainsi que la maturité d’une mère. Elle, qui a décidé de se sacrifier pour sauver son père qu’elle choyait, devra se résoudre à vivre dans la demeure d’une bête qu’elle craint. Et la bête accablé par sa laideur, d’abandonner petit à petit ce qui fait son humanité pour celle qu’il aime.

Tout le métrage respire le rêve éveillé, celui qui nous accompagne par delà la raison. On ne s’étonne pas de voir ces bras qui sortent des murs. Le château est une incarnation là où la bête semble désincarnée. Les objets ont les vies des bras qui les supportent. Et la bonté de la belle parviendra à voir la douleur d’une bête qui tente en vain de se comporter en homme, là où ses pulsions le soumettent.

Jusqu’au bout, la fable semblera cruelle, mais l’envol salvateur qui accompagne les amoureux n’a d’égal que la déchéance monstrueuse de celui qui s’est opposé. L’univers du film est magique, païen, à peine est-on surpris de ne pas voir apparaître Pan au détour d’un arbre dans cette fantastique forêt. Les portes s’ouvrent d’elles-mêmes, les buissons également. Comme une invitation à entrer dans l’onirisme du conte. Et quelle plus belle invitation que de partager, pendant de précieuses minutes, la relation de la Belle & la Bête. Ils n’ont pas de nom. Seule leur représentation les caractérise. Dans l’amour, il n’est pas besoins de s’appeler, seulement de se reconnaître.

Il est des histoires immortelles qui ne méritent pas de sombrer dans l’oubli. Voilà bien un mal qui n’accompagnera certainement pas la Belle & la bête. Car derrière ce masque magnifique et monstrueux, on a tous lu le désespoir, et dans ce visage angélique, rayonne une candeur qui abattrait des montagnes. C’est un peu de nous même que projette la belle & la bête. C’est un bout de nous qu’illustre si parfaitement Cocteau. Poète qui est parvenu à sonder l’âme humaine, pour offrir sa prose en image. Quel plus beau cadeau aurait-il pu nous offrir ?

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