L.I.E de Michael Cuesta

Publié le par helel ben sahar


Projet casse gueule par excellence, LIE aborde le délicat thème de la pédophilie au travers la relation d’un jeune garçon de seize ans et d’un homme d’une bonne cinquantaine d’année qui a pour habitude de s’offrir les services d’adolescents se prostituant. Le film possède tous les ingrédients pour devenir une pièce fragile, mais d’une force sans commune mesure, comme franchir les limites du tolérable et sombrer dans un degré racoleur du plus désagréable. Finalement, le film navigue sur le fil, sans jamais sombrer mais n’évitant pas complètement un aspect glauque et plus ou moins malsain dans son absence de prise de réelle position.

Le film s’ouvre avec la vision d’un jeune adolescent jouant avec la mort sur le rebord d’un pont surplombant la LIE (long island expressway) qui donne son titre au film et de suivre son parcours, filmé à sa hauteur. Cuesta dresse un portrait juste d’une adolescence, sans sombrer dans les dérives d’un Larry Clark, mais n’évitant pas certains gimmick trop prononcé « film indie ». Toutefois, le métrage évite soigneusement de recourir à un vague discours complaisant autour d’une jeunesse en perdition, sans non plus porter d’angélisme primaire. Il construit minutieusement son personnage principal, par couches successives et surtout au travers de ses relations avec les autres protagonistes. Howie est un être fragile, que l’absence de figure paternelle a rendu dépendant d’une présence sécuritaire. Il trouvera ce réconfort auprès de son ami Gary, puis comme une nouvelle représentation du père avec Big John. Le réalisateur va également donner les informations pour amener le spectateur à deviner et justifier rapidement l’homosexualité de l’adolescent : rejet de la belle-mère, père opérant un culte du corps, fausse ambiguïté de son ami Gary, travestisme, tous ces éléments s’inscrivent naturellement pour construire le personnage sans user de mots, mais de situations illustrant la réalité.

Le métrage prend son temps pour instaurer la figure pédophile du métrage, afin de présenter les divers éléments à prendre en compte, sans toutefois juger et imposer des justifications hâtives. Et c’est dans cette représentation et la relation qui va se créer entre Big John et Howie que le film se construira sans jamais prendre partie. Cuesta nous présente l’homme un peu aigri et pathétique au sein de sa famille, puis monstrueux dans sa première rencontre avec Howie, un pédophile abjecte pervertissant le gamin – qui a toutefois presque seize ans – en imposant une tension sexuelle (attouchement, film, discours), et enfin paternel et aimant quand il s’agit de s’en occuper.

C’est un peu là que le film devient nébuleux dans ses intentions, là où l’absence de prise de position claire devient discutable. Qui est Big John réellement ? Un monstre humain prenant son plaisir dans des relations sexuelles avec des enfants ou bien cet homme que tout le monde semble apprécier, qui est capable d’une attention sans faille pour aider un gamin dans le besoins matériellement et sentimentalement parlant ? La réponse est les deux, sûrement. Qu’un pédophile puisse aussi être un homme bien peut choquer bien évidemment, provoquer le rejet. Si le film se place également sur un terrain proche de la neutralité, c’est dans les rapports que Big John. Ses relations sont toutes consentantes ou non ? On peut le voir vivre avec jeune amant aimant, se rendre sur des lieux de prostitutions, mais jamais franchir la barrière du viol ou autre (on peut le voir visiter un site net, posséder des photos de gosses – à moins que ces photos appartiennent à son amant). Mais à force de jouer la neutralité à tout pris, de ne pas porter de jugement ouvertement, on peut se demander si le réalisateur est conscient de ce qu’il dégage. Ne pas juger, c’est déjà juger pourrait-on se risquer à affirmer. Présenter un pédophile honorable ne serait-il pas une manière d’affirmer qu’il existe une certaine forme de pédophilie acceptable ? Le film joue un jeu dangereux, et ne s’en sort pas totalement. A de telles interrogations, il parvient toutefois à créer de simples moments magiques, où toutes considérations sexuelles sont abolies au profit de sentiments proches de l’amour, mais surtout, un respect profond. Le gamin est-il parvenu à s’offrir l’amour de cet homme par sa culture et son érudition ? Big John a-t-il été touché par ses poèmes, sa culture, qu’il est empêché de s’accorder le corps de ce garçon s’offrant ? LIE possède le mérite de poser les questions sans apporter de réponses, de laisser le spectateur juger au point de voir celui-ci rejeter le film.

LIE est parvenu à éviter les écueils les plus flagrants, mais sans convaincre réellement. Le trouble présent au sein du film lui donne un goût étrange, et les questions qu’ils posent auraient presque tendance à vampiriser le film de toute substance. Que reste t-il sinon des interrogations ? Quelques beaux moments, et une étrange impression de vide. De la même manière que la fin un peu abrupte et prévisible, on peut ressentir un côté inachevé et finalement désagréable.Le métrage de Cuesta flirtait avec le vide, à l’image de son introduction, s’ouvrait et se concluait sur la voix off de Howie. LIE porte bien son nom, c’est un film qui ne fait que traverser un thème, laissant autour de lui quelques cadavres et emportant quelques vies. Ceux restant, ne peuvent qu’observer passivement qu’une voiture s’arrête à nouveau…

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