Memento Mori - Chapter IX

Publié le par helel ben sahar

Il parcourt les cieux à la recherche d’un repaire. D’un guide pour le convaincre. Une cicatrice éthérée comme signal. Sa main tremble. Ses muscles sont encore contractés. Lui qui ne pratiquait aucun sport. Ne déployait aucun effort. Le souffle court, il peine à récupérer. Et sa main tremble. Le physique n’est pas tout. Au-delà du corps, règne la réflexion. Et ces pensées forcent sa main à se mouvoir. Inconscient mouvement de balancier épileptique. Comportement parkinsonien. Son centre nerveux se décompose. Il l’imagine tomber en pièce. Se scinder de par en par. Tapisser son corps de ses miettes. Il perd pied, il se noie. Repousser les images de sa déchéance. Reprendre son calme. Respirer à nouveau. Une nouvelle voix dans sa tête qui lui indique la marche à suivre. Et il s’applique. La victoire de sa raison sur la folie naissante. Mais il est fragile désormais. Il le sait. Il pourrait chuter à tout moment. Alors il se félicite. De cette seconde sereine. Sans heurts, sans maux. Dans le ciel, les nuages ont recouvert le soleil. Et la pluie tombe. Le lavant de ses desseins accomplis. Le corps détrempé, les vêtements comme seconde peau. Il regagne le monde extérieur. Et se mêle à la masse pour convaincre la dissimulation.

Il suffit de comprendre. De remarquer l’instant donné pour agir. La révélation ne dure qu’une seconde. Il faut la saisir, l’empoigner. Sans quoi il faut souffrir l’attente qu’elle se reproduise. Alors quand elle apparaît, se plonger en elle. La première fois est toujours délicate. On est un peu nerveux. On manque d’assurance. Sûrement trop timide, on laisse généralement passer la première fois. Mais ne pas trop répéter ses ratés au point de se perdre. Une fois, deux fois. Au-delà, il devient trop rare. Alors on oublie. Les plus forts, les plus convaincus ne reculent jamais. Ils sont. Tout simplement. Sans réflexion, une pensée brute et instinctive. Les meilleures.

Il quitte le fleuve pour vaquer quelques minutes dans le vide. Les gens l’étouffent. Sentiment agoraphobe. Exécrer la foule. Mais la remercier de sa présence. Quand la situation l’exige. Le retour au calme est toutefois salvateur. L’eau ruisselle sur les murs nus. Tellement mouillé, il ne sent même plus la pluie. Il est devenu elle. Dans une minute, il retrouvera le confort. Sa quiétude. En attendant, il profite de l’espace. Il chercher un détail auquel se rattacher. Réfléchir lui fait peur. Son ombre s’étale devant lui. A moins que ce ne soit lui. La réalité est différente depuis. Sa perception a changé sans qu’il soit capable de la définir. Sans remarquer les modifications. Pourtant quelque chose à changer. Ou n’est plus à sa place. Est-ce l’environnement ? Ou bien lui-même ? Comment reconnaître le changement lorsque l’on représente peut-être ce changement ? Il ne possède pas ce recul de lui qui lui permettrait de comprendre. Alors que faire ? Attendre. Attendre l’habitude ou l’alarme qui lui indiquerait la mutation.

A l’initial, la masse se vide. Le flot écarlate s’écoule avec l’eau de pluie dans les égouts. Nourrissant quelques rats de cette solution nutritive.

La pièce est vide. Une chaise en son centre pour unique mobilier. Tout est immaculé. Intérieur aseptisé d’hôpital. Les volets sont baissés. Une ampoule au plafond pour unique éclairage. Du rien entre quatre murs. Aussi inconsistant que son esprit. Fatuité écorchée par une dernière pensée. Cet espace le rassure. Il l’apaise. Assis sur la chaise, il se retourne plusieurs fois. Son ombre danse autour de lui. Paranoïa aigue ? Il peut concevoir la paix. Mais elle se dérobe à son attention. Farouche, il ne peut l’approcher, ni même l’apercevoir. Sûrement le contre coup. Le retour de flamme. Il devait s’y attendre. Il ne le pensait peut-être pas aussi dévastateur. Et si ce souvenir le ronge ? Le dévore, au point de le rendre dément ? Abstraction temporaire, le temps de reprendre son souffle. Respiration ample et apaisante. Calmer ses nerfs. Compter jusqu’à trois. Et ouvrir les yeux. Comment est la réalité ?

Sans consistance, il erre au dessus de lui-même. Son apparition soudaine le met mal à l’aise. S’il pouvait vomir, il recouvrerait son corps. Pourtant il sait, il reconnaît. Il s’autorise à divaguer encore quelques minutes. Se souvenir une dernière fois de son histoire. Combien de temps pourra t-il tenir ? Cette existence dépend de sa réponse. Jouer une dernière fois à la roulette russe. Ironique.

Lorsqu’un jamais se transforme en toujours, peut-être est-il temps d’arrêter ?

Désillusion.

Je me suis évacué. J’ai écarté les possibilités. Une à une. Je reste encore un peu. Je ne suis pas pressé. Mais je ne m’attarderai pas. Se suffire. Je ne corresponds plus désormais. Aucun regret. Je n’assimile pas encore tout à fait. Je le ferai certainement. Un peu plus tard. Je fais parti de l’éphémère maintenant.

Pour exister, chacun possède un nom. Je suis anonyme…

Publié dans Memento Mori

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Morena 03/04/2006 03:07

Tellement incisive que je l'ai dit deux fois ! :oops:

Morena 03/04/2006 03:06

"Compter jusqu’à trois. Et ouvrir les yeux. Comment est la réalité ?"
Elle est comme tes mots : incisive, brusque, (in)consciente, incisive,...et poétique.