Miller's crossing de Joel Coen

Publié le par helel ben sahar


Les frères Coen possèdent leur propre univers. Leurs personnages s’illustrent dans le monde du film noir, des trench-coats et des chapeaux trempés, de la mitraillette Chicago, des bars enfumés et de la femme fatale, poison et douceur pour l’homme. Bien que les deux compères n’exploitent pas à tour de film cet univers, ils y reviennent régulièrement et exploitent ce cadre avec une rare maîtrise. Miller’s crossing est plus ou moins leur troisième incartade dans ce monde enfumé, il y place tous les éléments qui construisent leur cinéma et que l’on retrouvera par la suite dans des films comme the barber ou dans une autre mesure Fargo. Mais les frangins sont suffisamment espiègles pour ne pas se piéger dans un univers trop codifié et référentiel. Au contraire, le film noir est un cadre, une motivation à dresser une intrigue et des personnages, mais aucunement une fin en soit. Il se désolidarise du contexte en insufflant un penchant prononcé pour l’absurde et le grotesque. Ils parviennent ainsi à un franc détournement sans avoir à revendiquer une nature parodique.

Le métrage s’ouvre sur une conversation entre deux mafieux, sous les regards de leurs hommes de confiance respectifs. Cette longue et bavarde (ce n’est pas péjoratif dans le cas présent) introduit déjà la marche du film et cerne les personnages. Dans Miller’s crossing, ceux qui parlent le plus ne sont pas forcément les plus érudits. C’est une vérité qui se révèlera de nombreuses fois au cours du métrage et qui deviendra presque parole d’évangile. L’échange installe tranquillement l’intrigue, les enjeux, tissent les rapports entre les personnages ainsi que leurs implications mafieuses au sein de la ville. Le film se construit ainsi, au fil des dialogues plus que des situations. Le métrage est alors très écrit, mais la plume des frère Coen est savoureuse et jamais superflue. Ils possèdent un réel talent pour ciseler des dialogues aux petits oignons, partant parfois dans tous les sens mais se concluant exactement là où ils devaient se conclure. On retrouve une telle passion bavarde chez Tarantino, qui possède lui aussi cette capacité à broder de l’important autour de l’insignifiant.

On suit l’admirable prestation d’un Gabriel Byrne dans le rôle d’un homme que la guigne et son intelligence futée le force à suivre des péripéties dont il parvient plus ou moins à se sortir. Les Coen affichent un certain sadisme envers leur personnage principal. Ils repoussent juste ce qu’il faut, les limites du réalisme pour entrer dans des confins extraordinaires sans le film ne devienne improbable. Ainsi, l’humour teinté d’absurdité dynamite le bon déroulement et transforme le métrage en une farce grave. Parce qu’une belle sortie peut aussi cacher un mort, le film n’implique que la farce sauve tout, bien au contraire. On reste quoi qu’il arrive dans le genre du film noir, où un couteau planté dans le dos est monnaie courante et où la manipulation est un sport olympique.

Le film affiche toutefois certains coups de mou dans sa narration, notamment autour de la relation qui unit Verna et Reagan. Leur relation, bien que nécessaire narrativement parlant, est mal exploitée par les frangins et donne l’impression d’être un boulet que le film doit se traîner. Mis à part ce léger, mais contraignant, grief, le film se suit sans déplaisir. La toile tissée par les Coen se referme petit à petit et force le respect. D’un point de vue complexe qui multipliait les personnages, on ressort avec une lisibilité générale parfaite. Chacun évolue dans un microcosme mafieux, et les plans se mettent en place pour une finalité remarquable. Associé à un filmage sobre mais très juste, tantôt lyrique (les passages dans la forêt), tout en étant capable d’une précision sans faille dans les scènes d’action (la première est remarquable de maîtrise) achève de parfaire l’édifice ainsi bâti.

Les frères Coen établissent leur univers cohérent où la mort et l’humour décalé avance main dans la main pour produire des intrigues savoureuses, laissant place à de francs éclats de rire. Miller’s crossing n’est pas aussi fluide et abouti que peut l’être Fargo, mais il contente d’aspects positifs le spectateur.

Les frères Coen possèdent leur propre univers. Leurs personnages s’illustrent dans le monde du film noir, des trench-coats et des chapeaux trempés, de la mitraillette Chicago, des bars enfumés et de la femme fatale, poison et douceur pour l’homme. Bien que les deux compères n’exploitent pas à tour de film cet univers, ils y reviennent régulièrement et exploitent ce cadre avec une rare maîtrise. Miller’s crossing est plus ou moins leur troisième incartade dans ce monde enfumé, il y place tous les éléments qui construisent leur cinéma et que l’on retrouvera par la suite dans des films comme the barber ou dans une autre mesure Fargo. Mais les frangins sont suffisamment espiègles pour ne pas se piéger dans un univers trop codifié et référentiel. Au contraire, le film noir est un cadre, une motivation à dresser une intrigue et des personnages, mais aucunement une fin en soit. Il se désolidarise du contexte en insufflant un penchant prononcé pour l’absurde et le grotesque. Ils parviennent ainsi à un franc détournement sans avoir à revendiquer une nature parodique.Le métrage s’ouvre sur une conversation entre deux mafieux, sous les regards de leurs hommes de confiance respectifs. Cette longue et bavarde (ce n’est pas péjoratif dans le cas présent) introduit déjà la marche du film et cerne les personnages. Dans Miller’s crossing, ceux qui parlent le plus ne sont pas forcément les plus érudits. C’est une vérité qui se révèlera de nombreuses fois au cours du métrage et qui deviendra presque parole d’évangile. L’échange installe tranquillement l’intrigue, les enjeux, tissent les rapports entre les personnages ainsi que leurs implications mafieuses au sein de la ville. Le film se construit ainsi, au fil des dialogues plus que des situations. Le métrage est alors très écrit, mais la plume des frère Coen est savoureuse et jamais superflue. Ils possèdent un réel talent pour ciseler des dialogues aux petits oignons, partant parfois dans tous les sens mais se concluant exactement là où ils devaient se conclure. On retrouve une telle passion bavarde chez Tarantino, qui possède lui aussi cette capacité à broder de l’important autour de l’insignifiant. On suit l’admirable prestation d’un Gabriel Byrne dans le rôle d’un homme que la guigne et son intelligence futée le force à suivre des péripéties dont il parvient plus ou moins à se sortir. Les Coen affichent un certain sadisme envers leur personnage principal. Ils repoussent juste ce qu’il faut, les limites du réalisme pour entrer dans des confins extraordinaires sans le film ne devienne improbable. Ainsi, l’humour teinté d’absurdité dynamite le bon déroulement et transforme le métrage en une farce grave. Parce qu’une belle sortie peut aussi cacher un mort, le film n’implique que la farce sauve tout, bien au contraire. On reste quoi qu’il arrive dans le genre du film noir, où un couteau planté dans le dos est monnaie courante et où la manipulation est un sport olympique.Le film affiche toutefois certains coups de mou dans sa narration, notamment autour de la relation qui unit Verna et Reagan. Leur relation, bien que nécessaire narrativement parlant, est mal exploitée par les frangins et donne l’impression d’être un boulet que le film doit se traîner. Mis à part ce léger, mais contraignant, grief, le film se suit sans déplaisir. La toile tissée par les Coen se referme petit à petit et force le respect. D’un point de vue complexe qui multipliait les personnages, on ressort avec une lisibilité générale parfaite. Chacun évolue dans un microcosme mafieux, et les plans se mettent en place pour une finalité remarquable. Associé à un filmage sobre mais très juste, tantôt lyrique (les passages dans la forêt), tout en étant capable d’une précision sans faille dans les scènes d’action (la première est remarquable de maîtrise) achève de parfaire l’édifice ainsi bâti.Les frères Coen établissent leur univers cohérent où la mort et l’humour décalé avance main dans la main pour produire des intrigues savoureuses, laissant place à de francs éclats de rire. Miller’s crossing n’est pas aussi fluide et abouti que peut l’être Fargo, mais il contente d’aspects positifs le spectateur.

 

 

 

 

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ÉLias_ 02/04/2006 16:13

Je suis toujours bien embarassé pour dire d'un film qu'il est le meilleur de son auteur (ou de ses auteurs en l'occurence), surtout quand son oeuvre se situe à un niveau aussi élevé de qualité que celle des Coen Bros. Ce "Miller's crossing", m'avait déjà émerveillé à la première vision. En le revoyant, il s'est réellement imposé chez moi comme leur film le plus accompli. Réalisation impeccable, magnifique score de Carter Burwell, interprétations mémorables, Byrne et Turturro en particulier. De la belle ouvrage.

É.