La demoiselle d'honneur de Claude Chabrol

Publié le par helel ben sahar


Dès la première séquence, on sent pointer une atmosphère mystérieuse, rendue pour le moins étrange avec l’échange troublant d’un fils et de sa mère. Benoît Magimel surjoue un peu, force le trait, mais la conversation impose un rapport oedipien très marqué. Une curieuse scène d’introduction qui n’aura finalement que peu d’incidence sur la suite du métrage, sinon une relation plus distancée, plus conforme à ce que l’on peut imaginer, celui d’un fils un peu trop prêt de sa mère, sans toutefois cette dimension sensuelle, presque érotique de la première scène.

Chabrol scinde son film en deux parties, non distinctes. Il installe tout d’abord un contexte autour de la mère et de sa nouvelle relation. Le réalisateur s’attarde peut-être un trop dans la description de ces moments, de cette femme qui tente de se reconstruire sa vie sentimentale, car l’intérêt et l’intrigue du métrage ne se situe pas là. Même si la situation possède une importance certaine pour la suite, le portrait est trop précis, minutieux et finit pour encombrer quelque peu le film. On reconnaît la volonté du cinéaste de peindre un décor, de placer un contexte et ses personnages, mais le rythme général du film se trouve amputé d’une part de son énergie. Toutefois, à retarder ainsi l’échéance, l’apparition de la demoiselle d’honneur du titre, il renforce l’aspect irréel qui accompagne le personnage titre.

En effet, Laura Smet semble sortir d’un songe. A la fois fille fragile, femme fatale et succube, elle développe un discours rapidement surréaliste, mais qui comble l’homme campé par Magimel. Chabrol décrit alors leur relation avec une attention qui frôle les frontières du fantastique. Un peu étonnant de la part du réalisateur, mais l’exercice fonctionne parfaitement et donne ce côté mystérieux et renforce le suspense autour d’un personnage dont on se demande constamment si ce qu’elle raconte tient du fantasme et de la réalité. Le cinéaste brouille les pistes sans jamais devenir nébuleux, en gardant à l’esprit la limpidité de sa narration. Prit dans cette atmosphère proche du rêve éveillé, on regrette que le métrage ait mis autant de temps à réellement démarrer. La satisfaction est ainsi légèrement bafouée par cette introduction trop développée, Chabrol cultive un mystère autour de Senta, mais construit minutieusement le rôle de Magimel. Ce dernier offre une prestation impeccable, toujours dans le ton (excepté de la première scène) et offre à son personnage toute la pluralité comportemental qui opère lorsqu’il est confronté à Senta. Le couple Magimel-Smet fonctionne parfaitement à l’écran. Entre fausse pudeur et touchante attention, le réalisateur ne sombre jamais dans l’évidence. Son filmage sobre illustre simplement l’histoire, sans coup de génie mais sans faux pas également. Les acteurs, autour du couple, campent très bien des personnages suffisamment écrits pour ne pas ressembler à de simples figurants. Bien qu’une sous intrigue soit finalement de trop (un leitmotiv que l’on retrouve tout au long du métrage, mais qui ne fonctionne pas vraiment et encombre le récit plus qu’autre chose).

Avec la demoiselle d’honneur, Chabrol livre un film étrange. Un songe qui tourne au cauchemar éveillé et ne réveille pas toutes ses intentions. Afin de garder le mystère de son récit, il évite soigneusement l’épilogue explicatif ou la conclusion trop longue. Ainsi, il achève son métrage bien mieux qu’il ne l’a commencé. Sans forcément se renouveler, il impose une aura supplémentaire qui donne un souffle au film, une attention particulière qui permet de l’élever au-delà de la banalité. La demoiselle d’honneur accuse quelques fautes, mais procure une satisfaction à sa vision, porté par des comédiens très justes.

Publié dans Cinéma

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