Mardi 17 Juin, France – Italie. Le cauchemar commence dès la septième minute avec la blessure de
Franck Ribéry. Ensuite, c’est le début d’un long calvaire, qui marquera la fin de l’aventure pour l’équipe de France. La progression dramatique du récit est impitoyable. Blessure, expulsion, pénalty, but et second but. Une telle guigne compulsive dans un scénario, on
appellerait cela de la méchanceté gratuite. Voire du surréalisme. Mais comme la réalité dépasse toujours la fiction (impression de déjà-vu ?).
On a toujours été doué pour trouver des excuses à nos défaites : temps trop chaud, trop humide, décision arbitrale préjudiciable, joueurs blessés, ballon trop rond… Du coup, à force de
pratiquer cet exercice, on finit par perdre toute crédibilité quand on cherche des raisons à notre élimination. Pourtant, il est vrai que l’arbitre a été mauvais, il est vrai que Vieira a manqué. Mais est-ce une excuse ou une raison ? Parce qu’à côté de ces motifs valables, il en existe d’autres tout aussi bonnes et qui posent des
questions plus importantes : Cette Euro marque la fin d’une ère débutée en 1998. La fin d’un système de jeu, vague digestion du catenaccio italien. Un jeu basé sur la défense, le contre, où l’on ne doit surtout pas mener la danse (on a toujours été mauvais contre des équipes qui ne
jouaient pas, remember la Roumanie). Fin d’une génération de joueurs (les Makélélé, Henry, Thuram, Sagnol…), où leur rôle de cadre a bien moins
fonctionné, orphelin de Zidane qu’ils étaient. A force de regarder nos vieilles gloires, on a fini par oublier de scruter l’avenir. Domenech voulait construire pour la prochaine coupe du monde. Il l’a affirmé au début, puis s’est tu, et l’a ressorti à la fin du match contre l’Italie. Mauvaise communication ? Lui qui est passé maître dans l’art de la manipulation journalistique, cela sonne comme un aveu d’impuissance. Parce que
pour construire un avenir, il faut oublier de s’imposer le passé. Et cette Euro, c’est la défaite d’un groupe (joueur + sélectionneur). La défaite du
jeu.
Faire table rase, voilà ce qu’a manqué Domenech. Vouloir jongler avec des désirs, des exigences, des impératifs amènent forcément un résultat casse
gueule. Les mariages arrangés aussi, et c’est à cela que ressemblait l’équipe de France. Faire cohabiter du neuf avec du vieux, avec une nette
préférence pour ces derniers. La routine est bien mauvaise conseillère, et elle est la cause de décisions bien hasardeuses du sélectionneur. Cette équipe 2008, c’est l’impuissance de la
cohabitation. Un peu comme en politique. Chacun joue un peu pour soi, et peu importe la communauté. Une équipe nationale consiste, pour les joueurs, à oublier les schémas tactiques des clubs pour
s’inscrire dans un tout autre projet. On ne renie pas ses qualités, mais il faut savoir mettre de côté certains tics de jeu. L’équipe de France que
l’on a vu, c’est une poignée de joueurs qui ne jouaient pas ensembles. Ils tentaient bien de composer un vague élan collectif, mais avec la grâce d’un nouveau né, bien fébrile sur ses jambes.
Alors le jeu ressemblait à une répétition, maladroit, brut, dont on n’a pas encore peaufiné les angles. Ainsi, guère étonnant que l’on marque aussi peu de buts, et surtout, que chaque action
traîne en longueur et peine à sortir un résultat concluant. Toujours à l’arrache, passage en force, on s’y prend à trois fois et finalement, on sort un tir bien pénible comme le cri de
l’impuissance.
L’avantage de cette élimination, c’est qu’aujourd’hui, on peut enfin admettre que l’équipe de France génération 98 a fait son temps, et qu’il ne s’agit plus de trouver des remplaçants, mais de
construire quelque chose de nouveau. Du talent, on en a, maintenant, il ne reste plus qu’à agencer la chose. On dispose d’un terrain vierge et fertile, où l’on peut semer des graines nommées
Benzema, Ben Arfa, Nasri, Ribéry… des joueurs qui ne correspondent pas au schéma de jeu actuel, mais qui offrent de bien belles perspectives. Le retour d’un jeu offensif, d’un jeu
créatif, d’un jeu efficace. On en termine avec cette période bâtarde qui veut produire du vieux avec du neuf à la force du travail. Il faut être dans l’abnégation du travailler plus pour gagner
plus et revenir à quelque chose de plus instinctif. Oublier le jeu de droite, et revenir à un jeu de gauche. En fait, tout est de la faute de N.
Sarkozy. Voilà une excuse que l’on avait encore jamais sorti pour du football. Il y a un début à tout…