La télévision aime le sadisme. Elle s'y emploie régulièrement. Malmener un candidat, le repousser dans ses pires retranchements. Spectacle jubilatoire pour la télé elle-même et pour le spectateur. Et si l'audiovisuelle est le réceptacle du sadisme, que dire des assauts
masochistes de ses acteurs éphémères ? Plaisir de la souffrance ou exacerbation du capitalisme ? La carotte qui nous fait tous avancer : l'argent.
Qui n'a pas dit : Jamais je ne participerai à ce genre d'émission, mais qu'est ce que j'aime les regarder ? Il y a une quinzaine d'années, on aimait
voir les participants d'Interville se faire agresser par la vachette. La revanche du règne animal, sponsorisé par Francis Cabrel. Aujourd'hui, on assiste avec plaisir au spectacle douloureux d'une poignée de Robinson, où aux
épreuves épouvantables de Fear Factor. Plus c'est horrible, meilleur est le spectacle. Des crève-la-faim
citadins incapables de faire un feu et se nourrissant de deux feuilles d'arbre et d'un fruit pour les plus chanceux. Ou les mesdames et messieurs tout-le-monde ingurgitant des pénis de taureaux,
cuisson bleu.
Que ne ferions-nous pas pour de l'argent ? Etre enterré six pieds sous terre, plonger parmi des alligators, manger des insectes vivants, se murer pendant quelques semaines sur une île déserte
avec un peu de compagnie « pour le pire et pour le meilleur ». Certaines épreuves de Fear
Factor font appel au sensationnel. Ces dernières ne sont pas si intéressantes. Pas assez de Fear. Mais plonger dans une eau remplie de poulpes en
décompositions depuis une petite semaine, ouais carrément ! S'allonger parmi les serpents, mygales, vers, ou tout autre insecte aussi appétissant. Manger des testicules de cochons, des cafards…
La culture du Fear s’accorde en répugnance.
Fear Factor est la grande messe du sadomasochisme. Un spectacle euphorique ! On voudrait nous faire croire au culte sportif du dépassement de soi, mais quel dépassement est celui de boire du
jus de poissons fermentés ? On aime voir la douleur, pour certains on aime se l'infliger. Le dégoût, la peur, l'angoisse, autant de sentiments et sensations que l'on souhaite ressentir par
procuration. Un constat qui repose sur le principe même de l'horreur au cinéma : on sait pertinemment ce qui nous attend. On sait que l'on va avoir peur – en soit, une posture pas très agréable,
et pourtant on en redemande. Le principe du gag éculé de voir une personne glisser sur une peau de banane. Vidéo Gag semble exister depuis l'aube de
la télévision. Jackass en a fait toute sa célébrité.
A ce jeu, les américains semblent encore les plus forts. Comparez les deux Fear Factor, il n'y a pas photo. Comparez également Jackass et la troupe des 11 commandements, le résultat saute aux yeux. On reste trop timide dans l'exercice,
s'imposant des limites trop sensibles pour assumer totalement le principe du jeu. On peut juger comme étant culturel, moraliste ou peureux. On peut aussi y voir un regard plus sensé, de celui qui
perçoit encore l'instrument télévisuel comme divertissement.
A quand Running Man, en vrai ?