Dirt || Face off

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Lorsque l'on investit dans le sujet des tabloïds, on se doute bien qu'il va falloir un jour ou l'autre aborder de front la réalité. Si créer des sujets est forcément pratique, dans ce genre particulier, la réalité dépasse souvent la fiction. La première saison de Dirt officiait de façon prudente cette pente relativement glissante. Où la réalité ne servait que de background. Une démarche intelligente, parce qu'un mensonge passe toujours mieux lorsqu'il est entouré de deux vérités. Et puis comme toute nouvelle série, les personnages principaux importent presque plus que les histoires racontées.

Cette seconde saison répond à nos attentes. En deux épisodes seulement, on entre de plein pied dans la configuration type avec incursion d'un réel à peine déguisé. Dans le premier, on a le droit à une copie de Anna Nicole Smith, riche héritière siliconée qui défraie la chronique. Tout en entourant le résultat d'un fantasme très sordide. Portrait assez savoureux pour une histoire qui reste minime dans la narration bien plus occupé à regarder Lucy. Mais le second exploite dans toute sa splendeur ce thème. Sans retenu en l'intégrant dans l'axe principal de l'épisode. On nous raconte les déboires d'une riche et célèbre héritière (encore une) : Milan Carlton. Pas besoins de réfléchir très longtemps pour savoir de qui on parle : Milan/Paris – Hilton/Carlton. Et la série de se montrer particulièrement cruelle.

Le face à face entre Milan et Lucy est aussi savoureux que jubilatoire. Où si l'on sent très bien de quel côté penche la balance en ce qui concerne l'empathie du public, il ne faut pas oublier que les deux femmes sont dépendantes l'une de l'autre professionnellement parlant. Car la série n'idéalise jamais le métier de paparazzo ou d'éditeur de tabloïds. Lucy est une femme forte, cruelle, frigide pour qui la fin justifie toujours les moyens. Une garce qui n'hésite pas à manipuler, corrompre pour parvenir à des résultats. Il n'y a que sa relation avec Don qui semble sincère. Milan/Lucy, deux figures que tout oppose et pourtant, d'après Don, seraient identiques. Don pose surtout la question des motivations : Qu'est ce qui pousse quelqu'un à investir le champ de la presse people ? L'envie ? La rancune ? Ne sent-on pas une pointe de jalousie lorsque Lucy raconte un épisode de son enfance ? Par dessus ces sentiments personnels, les auteurs dressent aussi des affirmations plus universelles. Comment nous pouvons être exaspérés par tous les déboires éthyliques ou égocentriques de célébrités.

Il faut espérer que les auteurs creusent davantage ce thème, avec Milan ou une autre. Que le rapport entre Lucy et les différentes célébrités qu'elles attaquent, traquent ou manipulent, soit entretenu et approfondi. Après avoir dressé un contexte générant autant de fantasmes par procuration que de discours digressifs autour du star système, l'étude de caractère semble la suite la plus logique. Reste  à savoir comment les scénaristes vont aborder ce problème, et comment les personnages principaux vont nager dans ce thème.

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