King Kong de Meriam C. Cooper & Ernest B. Schoedsack

Publié le par helel ben sahar

 


Inutile de présenter à nouveau la huitième merveille du monde, surtout en ces temps derniers, où le film s’est vu donné une énième jeunesse et un regain d’intérêt avec la sortie du remake de Peter Jackson. Il est évident qu’il devient intéressant de visionner à nouveau le film de Schoedsack et Cooper, après la déferlante Néo-zélandaise, de repérer ainsi qu’elles sont les détails qui ont pu être ajoutés par le cinéaste, si les films fonctionnent de consort ou se lance dans deux directions différentes mais parallèles. Intéressant également de voir comment le métrage a pu évoluer au fil des temps dans nos esprits, s’il est toujours conforme à notre souvenir. Intéressant de voir comment les effets spéciaux fonctionnent, si la magie est toujours présente après le déluge de synthèse sous lequel semble se noyer le cinéma aujourd’hui avec plus ou moins de réussite.

 

Il faudrait faire preuve d’amnésie et de mauvaise foi pour insinuer que la version de Jackson enterre le film de 1933. On y retrouve les mêmes ingrédients que les années n’ont aucunement érodés. Le film installe le contexte avec précision et concision, tous les éléments s’enchaînent naturellement et happe le spectateur comme Denham emporte Ann. On se retrouve sur ce bateau, à mener ce voyage on ne sait où, porté par la sympathie extravagante du réalisateur. Mais la croisière est faussée, la musique impose petit à petit son crescendo infernal qui mène à une tension latente et qui nous laisse désarmé.

Pourtant, les premiers pas sur l’île se font sans heurts. Mais l’atmosphère est lourde et les deux réalisateurs parviennent sans mal à nous convaincre qu’un danger se trame, qu’un mystère effrayant est tapis dans l’ombre, derrière l’impressionnante stature de cette immense porte. Il y a également la découverte de ce peuple, cette tribu. Les deux cinéastes ne s’embarrassent pas, le capitaine les comprend, la communication est établie. Mais au-delà des mots, il y a la culture et les coutumes que les hommes de Denham parjureront pour protéger l’unique femme de l’expédition. Sans aucun discours complaisant ou redondant, Cooper et Schoedsack illustrent le choc des cultures, que l’insolence et l’irresponsabilité de Denham transforment en un pugilat.

La suite ? Est-il besoins de décrire à nouveau la magie qui s’anime au gré des créatures préhistoriques qui parcourent le périple à travers la jungle de l’île du crâne ? Chaque créature tuée amène la suivante, avec une folle énergie au demeurant sans pitié. Les hommes tombent sous les assauts, dans ces tableaux macabres et exotiques. Quoi de plus dépaysant que ces dinosaures animés par le fabuleux O’Brien ? Plus de soixante dix ans séparent ces effets des nôtres, et ils ne perdent pas une once de magie, de féerie, de grâce. L’expression de Kong est bluffant, la tristesse et l’attention qui animent son regard lorsqu’il est auprès de Ann restent impressionnantes.

La relation qui se créé entre la belle et la bête est d’une pudeur bienvenue, même lorsqu’il la déshabille, on reste dans un érotisme doux et subtil, créant le désir aussi bien chez la bête que le spectateurs. Jackson avait volontairement écarté cette idée, pour une relation davantage basée sur des sentiments d’attachements, sans jamais oser franchir le pas. Schoedsack et Cooper offre non seulement un spectacle euphorisant, mais d’une tendresse renversante.

On n’a guère le temps de respirer que déjà sonne le glas qui mettra un terme à l’aventure. La mise a mort de la bête est tragique. Ces toreros aériens voltigent autour de la proie et plantent leurs balles dans le corps sans défense ou presque. L’horreur qui se peint sur son visage répond à celui de la belle, qui ne peut certainement pas s’empêcher d’éprouver ce brin de soulagement. Est-ce ce regard qui tua la bête, comme semble le signifier Denham ? L’histoire nous a déjà transpercé le cœur, on se gardera bien de répondre. King Kong est une pièce magnifique, pour une fois, le sous-titre un peu vantard qui s’affichait ne mentait pas. King Kong est bien la huitième merveille du monde. Après la vision de celui-ci, il est impossible d’en douter.

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ÉLias_ 31/01/2006 16:00

Un film qui a marqué mon enfance et qui continue de pleinement me régaler aujourd'hui. J'éprouve toujours un sentiment de pure terreur lors de la première apparition de Kong, affreuse créature se détachant sur la forêt plongée dans la nuit. Et le final me serre toujours autant la gorge.

Et de tous les films de monstres qui l'ont suivi et pris comme modèle, je trouve sincérement qu'aucun ne lui arrive à la cheville ni n'arrive à apporter de la nouveauté. Cooper et Schoedsack ont livré avec King Kong un maître-étalon.