Punch drunk love de Paul Thomas Anderson

Publié le par helel ben sahar

 


Anderson
délaisse quelque peu son cinéma foisonnant de personnages, ces ballets d’hommes et de femmes qui tentaient d’exister dans un monde prédéfini, dans un contexte imposé. Ces deux précédents métrages regorgeaient de portraits, de situations, pour des films riches, qui tentaient de brasser un maximum de chose au gré d’une réalisation en mouvement, suivant à la trace les pérégrinations de protagonistes. Punch drunk love n’est pourtant pas différent des précédents. Au contraire, il s’inscrit plus ou moins dans la même démarche (même code de réalisation, langage filmique). Au lieu de narrer une histoire imposante brassant un maximum de gens, il se concentre sur un seul, un unique personnage. Un peu comme si l’on avait suivit uniquement William H. Macy dans Magnolia sans se soucier des autres caractères. Punch drunk love est une histoire d’amour. On voudrait bien ajouter simplement, mais dans un film de Anderson, rien n’est simple finalement.

Barry est un homme tourmenté, névrosé, qui compulse les offres promotionnelles de marques diverses afin de débusquer la petite erreur, de trouver la faille. Adam Sandler ne brillait généralement pas pour ces prestations d’acteur jusqu’à présent. Ici, il campe à la perfection ce personnage décalé, sans jamais avoir recours à la caricature. Au contraire, il intériorise son jeu, de manière presque autiste, pour affiner son personnage. Ainsi, Barry ne devient pas un illuminé de plus, mais un être à part entière, souffrant généralement d’étouffement et de sa propre condition. Barry est encore un enfant, un adulte qui possède encore cette part d’innocence qui caractérise généralement l’enfance. Ainsi, aux yeux des autres, il apparaît incongru. Pour justifier cette attitude, Anderson place la découverte d’un Harmonium qui exerce une fascination impressionnante sur Barry. Objet obscur qu’il tentera d’apprivoiser, de révéler. Sans être évidemment le moteur du récit, cet harmonium est révélateur de l’ouverture du personnage au monde et surtout à Lena.

Oui, Punch drunk love est une histoire d’amour. Un romance simple – et pourtant – comme on en trouve des milliers désormais. Mais l’histoire touche. Elle est innocente, pure. Elle déploie une remarquable puissance juvénile, de deux êtres un peu décalés qui ne vivent pas dans la même sphère que nous. Leurs échanges sont limités, et pourtant, ils semblent déjà se connaître pas cœur. Deux âmes sœurs, deux personnes faites l’une pour l’autre.

Malheureusement Anderson ne peut s’empêcher de déployer des artifices pour justifier sa part d’auteur, sa marque. En parasitant la romance par une sous intrigue ridicule qui ne fonctionne pour ainsi dire jamais, il perd la simple puissance évocatrice de son histoire, pour une vaste fumisterie qui n’est jamais drôle. Bien que sa présence semble vouloir illustrer l’évolution de Barry, sa capacité désormais de vouloir prendre en mais ses actes, la lourdeur de cette histoire appauvrit considérablement le film. D’une part on n’y croit absolument pas, d’autre part, elle verse dans un tel degré de loufoquerie, que l’on ne possède aucune prise, aucun rattachement pour ne pas se sentir perdu. La surenchère est tellement énorme qu’elle est de trop, inutile. Au mieux, pourra t-on simplement se consoler en assistant à une scène absolument délicieuse, qui prouve – bien que ce n’est plus nécessaire – le formidable talent de Philip Seymour Hoffman.

Parce que Anderson n’a finalement pas eu assez confiance en la simplicité de son histoire, parce qu’il n’a pas su réfréner son envie de situations décalées, Punch drunk love déçoit. Le couple Watson (merveilleuse) Sandler fonctionne à merveille, ils sont touchants, et on veut croire à leur histoire d’amour, à cette passion qui les unit. Mais on se mord les doigts en assistant à cette intrigue aussi encombrante qu’inutile qui fragilise un récit en cristal. Punch drunk love aurait pu être une formidable et une simple histoire, celle d’une rencontre. Une merveilleuse romance qui dépasse la banalité par deux personnages hors norme. Malgré sa consonance universelle, elle parvenait à devenir unique, et s’adressait à nous de la plus belle des façons. Il faudra se contenter de regrets. Et l’amertume laissée par ces derniers, est finalement bien douloureuse…

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ÉLias_ 31/01/2006 15:53

Je suis archi-fan de p.t. anderson, et je me souviendrais toujours du petit nuage qui m'a porté au sortir de la projection de ce film. Dès les premières minutes on hallucine de l'étrangeté tant du récit que de la mise en scène, avec ces plans longs, ces scènes à la limite du surréalisme. C'est incroyablement original et c'est vraiment le genre d'esthétique que j'aime. Et puis cette histoire d'amour m'a réellement collé la chair de poule, avec ces moments surprenants qui maitiennent l'attention éveillée et donnent encore plus de grâce au couple.

Je ne l'ai toujours pas revu, mais dans mon souvenir je n'ai nullement ressenti une intrigue encombrante comme toi. Je me laissais totalement embarquer par le talent de conteur du réalisateur.

É.