Memento Mori - Chapter III

Publié le par helel ben sahar

Tout commence comme un battement de cil. Un éclat bleu aurait suivi certains. Mais ce n’est pas le moment. Tout commence avec ce battement. Une demie seconde. Une fraction. Rien qui ne représente. Infinité dans l’espace. Mais pourtant, le début. Des sons l’accompagnent. Du bruit. Indistinct. Une goutte dans une perfusion. L’ambiance urbaine. Cachée derrière l’opacité d’une vitre trop sale pour apercevoir l’extérieur. Rassurante protection. Illusoire, mais le mirage est intact. Se cacher. Se dérober. Le temps d’un battement de cil. Ne plus exister. Rompre. Et corrompre. Le vide est l’expression du bien. Aucune surprise, aucune réaction. L’action se perd évidemment. Les coutumes, les habitudes. Les décisions se meurent. Tout se joue dans le regard. Et cette demie seconde. Tout est là. L’instant est fragile. Ephémère. Une brindille qui plie sous les bourrasques. Ne pas craquer. Ne pas craquer. Ne pas craquer. Répété comme un mensonge. Puisque l’on sait évidemment. On sent déjà la chute. Les paupières en se relevant. Traîtresses ! Le liquide s’installe. La fureur et le drame. Silence. Le courage de dire non. Le souffle dans l’appareil. Ce fantôme impose le rythme avec sa respiration. Bruyante, assommante, hypnotique. Ne pas craquer ? Quelle blague ! On est déjà en larme.

Pourquoi ? Les jeux sont-ils faits ? Miser, jouer. Notre existence dans une roulette. Patience. Quel numéro avons-nous tirés ? Quelle couleur ? Les réponses dénient l’espoir. Retourner au vide. Dans cette complaisance rassurante qui vampirise nos gestes. Le paisible factice. Ces belles pensées, ces bons mots. Jetés en pâture à l’absence de raison. Comprendre ou ne pas comprendre. Pile ou Face. Un jeu, un choix. Nous avons marché ensembles. Main dans la main. Le souffle sur notre nuque. Nous avons parié sur notre instant. Aujourd’hui, que nous reste t-il ? Des souvenirs caducs ? Biaisés ? La rancune et la colère. Et nos mains coupées. Ces bouts de nous gisent sur le sol. Les restes fumants de notre échec. Notre plaisir consumé. Lyrisme primaire de pacotille d’un fantasme risible.

Moi qui n’aie jamais vécu, que sont ces souvenirs ? Je prends la parole. Dans ce battement, je me suis reconnu. Parce qu’il ne s’agit que de cela. Le battement d’un cil. Une demie seconde. Avant que les larmes n’inondent ce visage grimé par la tristesse.  Le temps d’une nouvelle. Fuir. Retrouver le réconfort salutaire dans la virtualité. Cette expression du vide. Attendre qu’une main se tende. Et agrippe les mots. Les maux. Balayé par un revers. Ecouter. Soumettre. Comprendre. Révéler. Le chemin, le sentier est parcouru de tombeaux ouverts. Ces cadavres passéistes. Chaque carcasse est un souvenir. Le génocide d’une vie passée.

Les yeux dans le vide. L’esprit ailleurs. Se complaire dans l’inexistence d’un moment. D’une absence. De perpétuer l’éphémère. Et que grouillent ces secondes qui n’atteignent pas. Les repousser de cris, de plaintes. Et de cette larme perdue dans l’espace d’une demie seconde. Emprisonnée entre deux temps. Entre ciel et terre. Que demeure l’aride. La sécheresse. Dans un océan tari, se marie l’expression d’une esquisse et la perpétuité. Tout voir pour tout oublier. Renaître pour mieux exister. Taire les maux, la douleur, les larmes. De cette dernière, la porter autour du cou. Stigmate d’un instant déchu. Cicatrice d’orfèvre.

Ce n’était que le temps d’un battement de cil. Mais le temps passé, fut long d’une vie. Elle aura été douloureuse et amère. A présent, se referme les tombeaux. Dans cette nouvelle terre, fleuriront les pensées. Le vent taira les complaintes. Et nous, pauvres voyageurs, attendons l’arrivée du train.

Disciples d’une larme…

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Memento Mori

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