Memento Mori - Chapter II

Publié le par helel ben sahar

Marcher dans une ville qui se réveille possède un certains côté fascinant. On remarque la lancinance de la démarche qui se mue doucement en agitation. Et puis s’opère le mouvement empressé du retard. La lutte contre le temps. Ce parcours à rebours contre la montre. La nervosité qui les gagne quand tout ne s’organise pas selon leurs volontés. Quand ils se retrouvent dans une impasse face à l’environnement qui se dresse contre eux. Une ville qui se réveille est une lutte intestine contre elle-même. Contre les rouages qui se grippent. La souffrance implacable. Accompagné d’une totale absence de contrôle.

Et puis il y a ceux qui observent. Qui se félicitent. La complaisance sadique de celui qui est au calme. Le grain de sable dans la machine. Présent au milieu de ces agités. Mais qui n’attendent rien, ni personne. Serein. Voyeur de la folie matinale. J’aime être cet électron libre. Ne rien attendre sinon le réveil. Célébrer le calme avant la tempête. Et se satisfaire de la déferlante.

Tout mouvement cyclique possède sa fin pour qu’elle puisse se régénérer et reproduire son cercle infernal. La calme fait à nouveau face. Il ne reste que nous. Ceux qui n’ont pas de montres. Ceux que le temps ne parvient pas à toucher. Ceux que les minutent qui défilent n’atteignent pas. Alors nous marchons. Nous nous rencontrons, nous nous reconnaissons. Mais pour garder intacte notre liberté. Pour ne pas rompre le charme qui nous entoure. Nous nous gardons bien d’émettre le moindre signe verbale de reconnaissance explicite.

On se perd tout simplement. On est tous un peu perdu. Ou cherche t-on ? Que l’on soit l’objet de quelque chose. Je suis un instrument. Placé au milieu de la foule, peut-être recherche t-on une main ? Se satisfaire de l’instant. De la situation. Et parcourir l’immensité ridicule d’un moment. Tout ramener à sa personne. Plaisir coupable. Accusé à raison d’égocentrisme. Relevé l’attention quand elle se présente. Et plonger pour ne plus se relever. On flotte. On se laisse porter par le courant. On attend que quelque chose ou quelqu’un se passe. On regrette amèrement l’inactivité. On se félicite de ne rien faire. On regarde attentivement. On ferme les yeux. On patiente. On se ronge les sangs. On cultive sa raison, son paradoxe. On est duel pour ne rien oublier. Contradiction pour ne pas omettre. On se souvient pour oublier.

Perspicacité insalubre. Rien ni personne ne sera jamais venu. Le temps n’existe plus. Une seconde sera une minute sera une heure sera une journée sera le reste de l’éternité. Questions existentielles inexistantes. Réflexions, réfections. Infiniment grand. Microvision. Hachuré. Saccadé. Sans queue ni tête. Retour à la réalité. Le songe était si vériste. Quand le rêve surpasse la réalité, le réel n’est-il pas le songe du rêve ? Quand on souhaite mourir pour ne plus vivre, la vie est-elle la mort de la mort ? Démence salvatrice. Les questions sont la douleur sur le corps. Il rappelle l’existence. Le temps s’est achevé. Quel jour sommes-nous ?

Et puis la foule renaît. Mais sans la fraîcheur matinale, l’effet n’est plus le même. Les conditions sont perverties. Recroquevillé dans son cocon. Protégé dans sa grotte. On observe à présente derrière sa vitre. Le temps de placer les mains sur ses oreilles et ne plus rien entendre. L’image sans le son. Et les petites fourmis s’agitent pour retrouver leur maison.

Ainsi tous les matins, quand la ville se réveille.

Publié dans Memento Mori

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Xuxu 26/01/2006 18:17

Dans mes bras mon Géhénou

helel ben sahar 27/01/2006 14:48

Evidemment !