Claustrophobie

Publié le par helel ben sahar

 

 


Cueilli par un noir et blanc granuleux, on pénètre dans l’univers fantasmé par un simple plan fixe sur la banalité d’une porte d’ascenseur. Le travail sur l’image et le son, accentue l’effet d’étrangeté qui demeure, sans que l’on puisse toutefois y mettre des mots pour le décrire. Ainsi, durant ces quelques secondes, et la séquence qui suivra, on croirait assister à la rencontre fabulée de Aronofsky période Pi et David Lynch. Même oppression, même tentative d’hypnotisme par le travail sur le cadre et le temps. Mais le film joue les funambules en équilibre sur un fragile fil. Cet exercice sur l’écran peut rapidement sombrer dans un ridicule involontaire et plonger le film dans un marasme comique qui ferait perde toute saveur au métrage, et ressemblerait ainsi à une vulgaire blague. Heureusement, Claustrophobie ne chute pas, mais observe quelques fois, de légers vacillements qui le font terriblement pencher.

Le court ne manque pas d’ambiance, à celles précitées plus haut, peut-on rajouter une certaine tendance à côtoyer l’univers vidéo ludique de Silent Hill. Le travail sur le son, sur les mouvements saccadés, quelques effets de maquillages n’auraient certainement pas failli s’ils avaient été présents dans le jeu. Le film s’affranchit toutefois de toutes ses influences, elles nourrissent le court, sans trop le vampiriser, même si l’on évite pas un léger systématisme. Cependant, le court semble trop écrit dans ses dialogues, figé dans l’expression des mots. Il perd en spontanéité, et le ramène aux confins de ces films un peu nombrilistes qui se regardent tournés. Ces dialogues froids accentuent maladroitement l’austérité latente qui parcourt le métrage, qui se suffisait pourtant amplement de ses images.

En revanche, on peut noter un formidable travail sur le cadre, une volonté de créer une atmosphère par le simple jeu de la réalisation et pallier ainsi un manque de moyen que l’on ne reconnaît guère à l’écran. Mais le film aurait gagné à pousser plus loin l’abstraction, à caresser l’expérimental en bousculant davantage le procédé. A bannir tout mouvement au profit d’un statisme imposant, Claustrophobie serait devenu un objet filmique résolument étrange, caractérisé par un ton un peu détaché rompant avec la caractérisation austère de son cadre. Le film fonctionne merveilleusement bien quand il frôle l’abstrait, dans son portrait escarpé d’un homme lorgnant vers la folie, dans cette dilatation du temps et des songes, dans son absence de chronologie, dans son rapport au cadre et à l’apesanteur. L’atmosphère est plombée, lourde, suffocante. Les quelques tentatives d’amener un brin de respiration en pénétrant l’extérieur sonnent alors fausses et inutiles. Le court n’a pas besoins de visualiser le dehors. Au contraire, ces scènes cassent le rythme, et détonnent bien trop. Tout comme la réalisation qui se fait mouvement, alors qu’elle est parfaite fixe.

Claustrophobie attaque un pan de montagne difficile, mais s’en sort finalement avec les honneurs. Même si l’on peut regretter quelques défauts, un manque de jusqu’au boutisme pour imposer le film dans ses derniers retranchement raisonnables, de mener l’abstraction et l’expérience à sa conclusion. Le fonctionne tel qu’il l’est, mais en gommant ces légers écueils, il parviendra à s’affranchir de l’objet référentiel qu’il devient un peu trop, et surtout, à pousser ainsi l’austérité et l’oppression, revêtir une forme, qui laissera sûrement quelques personnes sur la touche, mais gagnera un incroyable pouvoir de fascination.

 

Publié dans Cinéma

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