Un frisson dans la nuit de Cint Eastwood

Publié le par helel ben sahar

 

 

 


Lassé de n’être qu’un instrument au service de réalisateurs, Clint Eastwood décide finalement de prendre la caméra à son tour, pour être enfin maître de ses idées et se voir attribuer tous ses mérites. Ce n’est pas une démonstration d’orgueil, loin de là, mais un homme qui prend réellement connaissance de ses capacités, et qui ne doutent ou presque de son savoir faire. Dans le livret qui accompagne le dvd, peut-on lire cette intervention, ainsi que la raison ironique mais aussi un peu révélatrice de prendre Don Siegel pour un petit rôle. D’une part, cette une façon pour Eastwood de rendre hommage à un ami qui l’a soutenu dans sa carrière et offert de très bons rôles, et puis il voit aussi sa présence comme une pièce rassurante qui lui fait dire : Au moins, il y aura un vrai réalisateur sur le plateau. Ces quelques déclarations affichent certains doutent qui habitent le réalisateur au moment de se lancer dans sa première aventure. Il n’est toutefois pas complètement dépourvu d’assurance, au contraire, il affiche une réelle volonté comme une carapace, dont on peut simplement remarqué qu’elle présente une ou deux fêlures.

Pour son premier long métrage, le nouveau réalisateur décide d’illustrer une histoire simple et efficace, un thriller reposant sur un nombre restreint de lieux et de personnages, pour bien prendre possession de la matière. Déjà peut-on remarquer certains détails qui réapparaîtront dans sa filmographie à suivre, des thèmes ou une construction qui préfigurent le grand réalisateur qu’il deviendra. Eastwood décide de se mettre en scène dans le rôle principal, il campe Dave Garver, un animateur de radio nocturne, en place de décrocher une place dans une nouvelle émission plus reconnue. Il fait la rencontre de Evelyne, admiratrice number one, qui l’appelle plus ou moins toutes les nuits pour lui réclamer la même chanson, Misty.

Le film démarre calmement, baignant dans une nostalgie contrariant la clarté d’un cadre idyllique d’un bord de mer ensoleillé. On devinera plus tard la raison de cette impression, mais le film opère une entrée en matière calme, avant que le générique et la musique surtout, ne prennent possession du film. En quelques plans suivants, Eastwood parvient à décrire sommairement mais justement le personnage de Garver, être à la fois un peu rustre mais récitant des vers de poèmes en introduction de ses émissions. Sa rencontre avec Evelyne sera représentative de la psychologie plus ou moins perturbée de la femme. Jouant la jeune femme cueillie par un homme dans un bar, elle s’avéra tout autre, car c’est bien elle la manipulatrice. Une simple scène parvient à cerner le potentiel psychotique de Evelyne et le piège qui s’est refermé sur Dave.

La suite du métrage se suit sans grandes surprises, et c’est peut-être ce qui frustre un peu. La machination, l’énergie déployée nous paraissent trop évidents et la réaction du personnage d’Eastwood manquerait presque de cohérence. En effet, difficile de comprendre autant d’indulgence de sa part, même auprès d’un vil chantage affectif. Ce n’est certes qu’un léger écueil auquel il ne faudrait accorder trop d’importance puisqu’il n’entache en rien les qualités du film.

Dans ce sombre acheminement qui rend la vie insupportable à Garver, le réalisateur prend toutefois le temps, au milieu de son métrage, d’une séquence contemplative sur un festival de Jazz. On reconnaît là tout l’intérêt que porte Eastwood pour la musique, et cette séquence devient « logique » compte tenu des films qui sortiront par la suite. C’est aussi une preuve indéniable d’un metteur en scène sûr de lui et de ses convictions, qui prend ainsi le temps, au risque de rompre le bon déroulement de son intrigue, pour incorporer un passage qui lui tient particulièrement à cœur, et qui rentre parfaitement dans la logique du personnage – que l’on peut aisément identifier au réalisateur d’ailleurs. Eastwood fait preuve de réelles compétences, délivrant des séquences impeccables, desservies par la prestation sans faille de son actrice principale. Elle cultive magnifiquement l’ambivalence de son caractère, entre angélisme et démence possessive. Afin de garder son point de vue intacte, il évite d’user d’informations sur le passé de la femme, ou bien cherchant à expliquer ses actes. Au contraire, il se contente d’illustrer sa folie sans chercher à la justifier. Ce choix accentue l’impression la peur qui résulte d’un tel comportement, et son côté imprévisible.

Bien que l’on puisse noter un léger manque de rythme, et certaines séquences inégales en terme de réalisation (la première agression), Un frisson dans la nuit est un premier film remarquable. Il souffre peut-être un peu du temps, d’une construction trop classique qui tend à le rendre prévisible. Toutefois, il fait preuve de réelle qualité et d’un savoir faire indéniable. Pour un premier métrage, on se retrouve déjà avec une maîtrise certaine, qui n’a rien à rougir de ses pairs.

Publié dans Cinéma

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