Claude Chabrol

Publié le par helel ben sahar


J'entâme un cycle Claude Chabrol, réalisateur français dont j'ai voulu découvrir les oeuvres. J'ai visionné plus ou moins chronologiquement ses métrages qui étaient à ma disposition. Je poste ici les trois premiers films que j'ai pu voir. La réussite de ces oeuvres n'est pas égale, de l'excellent La ligne de démarcation, au pauvre La femme infidèle, mais la satisfaction de découvrir cet auteur est, elle, bien présente. Je comble ainsi mes nombreuses lacunes cinématographiques...


LA LIGNE DE DEMARCATION

 


Les habitants d’un village coupé par la ligne de démarcation pendant la seconde guerre mondial tente de faire passer un espion de l’autre côté. Le contexte est suffisamment fort, sans qu’il faille en rajouter, Chabrol l’a parfaitement compris et filme cette histoire du point de vue des habitants, sans héroïsme primaire. Parce que les héros et leurs actes se construisent dans le quotidien, par de simples et petits gestes, parce que pendant l’occupation, un homme ou une femme seul, ne pouvait faire grand-chose, mais unifié derrière une même volonté, une même idéologie, alors de simples gens sont capables d’abattre des montagnes et d’accomplir de belles victoires, parfois, au péril de leur vie.

Des les premières scènes, le réalisateur impose tout de suite ce point de vue. La comtesse – magnifique Jean Serberg – se rend chez le coiffeur du village pour y chercher de la nourriture venue en contrebande. Elle est rejointe par le chirurgien qui bénéficie des mêmes attentions tout comme le reste du village. La guerre et l’occupation abolissent les classes, tout le monde se retrouve sur un pied d’égalité. L’entraide pour subsister, est générale. Mais Chabrol tempère un peu cette impression par la venue du comte, militaire déchu à la guerre, dont la défaite française a fait perdre toutes ses illusions. Il éprouve une certaine incompréhension à l’égard de sa femme et aux dangers qu’elle encourt pour aider la résistance.

Ainsi, Chabrol va illustrer ce quotidien, en multipliant les points de vue, les personnages, les situations pour offrir un tableau complet d’une courte période pendant l’occupation. Il décrit minutieusement les hommes et femmes qui participent à la survie du village, à cette mission qu’ils se sont imposés, pour aider, avec leurs faibles moyens l’espion. Mais Chabrol n’oublie pas l’ennemie, le camp adverse. Les Allemands ne sont pas tous diabolisés, comme il aurait été facile de le faire. Le cinéaste les présente comme des êtres humains, certains gangrenés par leur idéologie et leur victoire, et d’autres, qui tentent de garder une humanité face aux victimes françaises. Le tableau est complet, le réalisateur peint ses héros, ses traîtres, ses monstres, ses victimes avec une attention rare, une justesse formidable.

La ligne de démarcation est un formidable film sur les Hommes, des Hommes simples, qui risquèrent leur vie pour leur pays. Un portrait de simples héros, de sacrifiés, d’injustices et de victoires. La dernière scène est absolument magnifique, et conclut le film de la plus belles des manières.

 


LE BOUCHER

 


Dans le film de Chabrol, on a l’impression de rentrer directement dans le microcosme de la France d’en bas, cette vision que l’on pourrait penser franchouillarde de sa propre culture. En rentrant ainsi dans le folklore français, il délivre une vision typique, qui doit avoir bien du mal à passer les frontières. Le mariage, institution indémodable, ouvre le récit et introduit les deux personnages principaux. Popaul et Mademoiselle Hélène. Chabrol prend son temps pour développer cette première rencontre, la noie sous les images du repas, de la fête, pour asseoir un peu plus le contexte de ce petit village où tout le monde semble se connaître.

Le boucher est l’histoire d’une rencontre, d’un amour non partagé et d’une victime. Le réalisateur place le couple au premier plan de son métrage, c’est le duo qui va imposer le rythme, cette dévotion qui s’empare de Popaul et qui va petit à petit le pousser à se rapprocher de Hélène. Et puis la police investit le village comme le meurtre pénètre au cœur de cette relation. Elle pervertit la tranquillité des gens, du couple aussi et du film. Malheureusement, Chabrol délaisse l’intrigue policière, ou du moins ses répercussions dans le quotidien pour s’appesantir sur Hélène et Popaul. Le film ronronne, avance lentement et simplement, mais impose un ennui plus ou moins poli qui encombre laborieusement son bon déroulement. Trop prévisible, trop évident, impossible de se sentir véritablement concerner sur le métrage sans en percevoir les ficelles qui l’animent.

Le dernier tiers, la révélation non surprenante, malgré cette fausse innocence et le long discours de Popaul alourdissent également le film. Bien que la construction de Popaul tout au long du film ne laissait guère de place au suspense ainsi qu’aux motivations, on peut noter toutefois la qualité de l’écriture du personnage et son interprétation. Jean Yann délivre un jeu parfait, entre composition et un naturel que l’on devine. Malgré sa gouaille et la bonne humeur qui le caractérise, on reconnaît parfaitement l’homme que la guerre a brisé. Il évoque constamment la guerre pour illustrer un sentiment, décrire un fait, commenter. Comme un homme qui s’est fait vampirisé par cette dernière et ses horreurs.

Malheureusement, son long discours agonisant, sa dernière complainte est trop didactique, trop explicative. Chabrol abuse de mots. Cette longue tirade devient lourde et ennuyeuse. Elle rappelle la confession de Peter Lorre dans M le maudit, tentant d’expliquer, de justifier ses actes monstrueux. Evidemment, il ne dit pas tout, on devine que les circonstances atténuantes qu’il tente d’évoquer, qu’il ne tue pas forcément poussé par une force, mais qu’il annihile un bonheur évident, qu’il ne peut toucher – le mariage du professeur qu’il détruira en tuant l’épouse et qui lui rappelait son échec avec Hélène.

Le boucher manque un peu sa cible, ne parvient pas à l’effet escompté. Le film n’est pas inintéressant, mais il ne provoque pas l’attention nécessaire. Toutefois, porté par de magnifiques acteurs, et par une réalisation sobre et juste, il se laisse regarder. Les derniers plans contemplatifs son magnifique, et l’aube qui se lève achève le métrage avec une note heureuse…

 


LA FEMME INFIDELE

L’histoire d’un homme suspectant sa femme de le tromper. Chabrol prend tellement son temps pour installer les personnages et le contexte, qu’il finit par faire décrocher totalement l’attention du spectateur. L’intrigue se déroule beaucoup trop lentement et le cinéaste ne gagne rien à insister sur la représentation du quotidien de ce couple et surtout du mari. Chabrol présente un couple gangrené par le manque de dialogue et les mensonges, mais peine à emporter l’adhésion du public. A force de contenir son intrigue, d’éviter tout débordement ou presque, il rend le métrage lent et présentement sans intérêt. A peine ressent-on de l’adrénaline à la moitié du métrage, quand – enfin – il se passe quelque chose, mais Chabrol étouffe l’effet dans l’œuf, et n’impose aucun suspense particulier.

Les acteurs délivrent un jeu très justes, habitent suffisamment leur personnage pour les faire exister. On a toutefois parfois du mal à comprendre leur motivation, leur silence. Pas assez fouillé sentimentalement pour que l’on sache exactement ce qu’ils ressentent et à la psychologie trop vague pour que l’on puisse les comprendre. A jouer ainsi sur l’illustration d’un quotidien morne, où le non dit règne en maître, Chabrol détruit toute chance d’empathie, toute possibilité de se sentir réellement concerné pas l’intrigue et ses personnages.

Le réalisateur excelle en revanche, quand il illustre le crime, sa lente décomposition de la séquence appuie l’impression de réalisme qui en découle. Le naturalisme qui parcourt la scène est intéressant à ce point de vue, mais son manque de réelle conséquence lui fait perdre de sa force. A telle point que l’on se demande si elle n’est pas vaine finalement.

La femme infidèle manque son but, sans tant est qu’il en est. Les acteurs ne parviennent pas à sauver la fadeur de l’intrigue et sa lente progression. On se trouve alors en face d’un métrage qui pèche par un manque flagrant de dynamisme et qui ne se met pas assez en danger. Le film commence trop tôt, se conclut trop tôt et dans l’intervalle est bien trop timide pour convaincre. Une occasion manquée, tout simplement…

Publié dans Cinéma

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