Cloaque

Publié le par helel ben sahar

 

Je profite de ce nouvel espace pour faire un peu de publicité. Voici, ma critique d'un court métrage amateur d'horreur, disponible en libre téléchargement sur le site Varock - le lien apparaît au dehors... J'espère ainsi que les quelques curieux qui se sont égarés sur mon blog profiteront pour y jeter un oeil. Fans d'horreur, ce petit film est pour vous !

 

 

L’écurie Varock nous offre un second cours métrage après Zero. Ce dernier, heureuse petite surprise sans prétention aucune, jouait habilement sur le manque évident de moyens, pour offrir un spectacle intéressant sur le fond comme sur la forme. Usant de plans séquences pour tempérer l’exercice du montage, il prenait soin de surfer sur la vague de la télé réalité qui nous inondait à cette époque, tout en offrant un revirement efficace dans les dernières minutes. Le film affichait simplement sa précarité, mais présentait de belles promesses pour l’avenir. Même si le court métrage va finalement souffrir de ce contexte temporel très marqué, il n’en reste pas moins une réussite modeste. Aujourd’hui, la team Varock nous revient avec une volonté toujours aussi présente, mais une ambition réelle, mais sans toutefois se parer de prétention.

Cloaque est nourri de réelle influence, d’une volonté de retrouver le cinéma d’horreur des seventies, et plus particulièrement la dernière maison sur la gauche de Craven, dont le spectre habite le scénario sans le parasiter. Le réalisateur affiche simplement ses influences, mais ne se laisse pas posséder par elle. On se retrouve alors avec un métrage conscient de ses influences, jouant avec elle, mais gardant toujours intacte sa propre identité et ne sombre jamais dans le plagiat éhonté. Dès les premières images, la musique, Grégory Sacré affiche ses intentions, celles de placer le spectateur très proche de l’action, de lui faire subir le spectacle plutôt que d’observer. Nous sommes placés au cœur de l’action, très proches des personnages, partageant leur souffle. Tout comme le cinéma d’horreur de cette époque, il n’hésite pas à plonger dans l’enfer d’une situation, pour mieux jouer avec nos nerfs. Cloaque est un film qui s’assume, que ce soit visuellement, esthétiquement et dans l’élaboration de sa forme complaisante avec l’imagerie gore.

Evidemment, comme tout court métrage dont le budget n’atteint pas des sommes excessives, quelques menus défauts apparaissent, sans qu’ils soient réellement préjudiciables au film. On peut lui reprocher quelques plans en trop, qui appuient un peu trop le caractère peu fortuné de l’entreprise. La mort du clochard aurait certainement gagné à n’être que filmé sur l’héroïne avec projection de sang, sans les contrechamps sur la tête massacrée. La démence qui semble habiter la jeune fille est palpable, mais les plans sur l’homme désamorcent l’horreur qui surnage dans la scène. La suggestion  aurait formidablement fonctionné dans ce cas présent, rompant avec l’esthétique gore dans le reste du métrage. La carence financière appauvrit certaines situations ou accessoires, le réalisateur a choisi de ne pas tenir forcément compte de ce fait, et de filmer la scène sans cette impression. On retrouve alors le talent, la qualité du filmage, cependant, la scène ne fonctionne qu’à moitié à cause justement d’accessoires parfois limites (le marteau). Aussi, quelques bruitages peuvent sembler également un peu trop mise en avant, mixé trop forts et donnent un cachet presque caricatural à a scène.

Ces quelques menus défauts ne sont finalement que des détails qui n’entachent pas les qualités réelles du court métrage. Ils sont compréhensibles par une jeunesse somme toute évidente (cloaque n’est semble t-il que le deuxième court métrage des Varock) et un manque de moyens financiers. Dès lors que l’on est dans un court métrage amateur, il faut parfaitement tenir compte de ces impératifs, et apprécier le film au-delà de ces simples critères. Dans Cloaque, la satisfaction est présente. Le métrage est traité avec sérieux, professionnalisme.

Cloaque peut faire penser finalement à l’anthologie Masters of Horror, dans cette volonté de perdurer dans un style qui semble aujourd’hui n’exister que dans le passé. Un retour aux sources les plus impitoyables du genre. Cloaque est brut, sans pitié, sans concession. A l’instar du premier film de Craven, il donne en pâture une pauvre fille aux mains de dégénérés congénitaux et dès lors, la chasse à la femme est ouverte. De plus, même si le film est joliment complaisant dans le gore (magnifiques effets spéciaux), il n’oublie pas d’être réel dans son application. Un clou planté dans le pied fait mal et ralentie la démarche, une entaille de même (mais on peut regrette que l’actrice n’hurle pas assez), un coup de marteau explose un genou et produit une douleur insurpassable, bref, des détails, mais qui plongent le récit sur des sentiers réalistes et évitent de sombrer dans l’irréalisme primaire dans lequel se vautre de nombreux films d’horreur.

L’utilisation de la musique souligne parfaitement l’envie du réalisateur de rendre hommage au seventies également. Dans des sonorités étranges, métalliques, elles plombent l’ambiance et contrastent parfaitement avec la paix qui semble régner dans la forêt. Elle sait parfaitement se faire violence quand la situation l’impose, débauchant de la rage et du danger. Toutefois, quand bien même on n’aurait de reproche à lui faire, son emploie devient un peu trop systématique. Comme si Grégory Sacré n’avait pas assez foi, assez confiance en la simple illustration de sa réalisation, de ses images. Chaque scène ou presque est ainsi surligné par la musique, et étouffe le simple filmage. Là encore, c’est un moindre défaut qui peut être rapidement comblé et que l’on mettra évidemment sur le compte de la jeunesse.

Cloaque réserve de bonnes et heureuses surprises, et apparaît bien plus ambitieux et abouti que ne l’était Zero. On perçoit un vrai caractère, une volonté propre et réelle qui sait jouer de ses influences sans qu’elle ne prenne le pas sur l’identité. Le désir farouche d’offrir un court métrage d’horreur brut, sans concession pour une histoire simple mais bien traité, sans fioriture, sans esbroufe. Le réalisateur affiche même une impressionnante confiance l’espace d’une scène, rompant avec la nervosité qui le parcourt Le temps d’un rêve, glaçant et morbide. Une telle scène marche sur des œufs, mais en l’occurrence, elle fonctionne parfaitement. Une simple scène qui prouve toutes les compétences et les envies d’un cinéaste en herbe, qui s’affranchit de sa propre culture cinéphile. Cloaque possède encore quelques petits défauts, mais rien  de préjudiciables. Il faut remettre le métrage dans son contexte. Il ne révolutionne ni un genre, ni un cinéma, mais propose un spectacle réjouissant, un savoir faire bien présent. L’avenir s’annonce propice, le sacre est pour bientôt.

Publié dans Cinéma

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