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Samedi 5 juillet 2008 6 05 /07 /2008 19:36

Dans les Inrocks N°655 (semaine du 17 au 23 Juin), Naomi Klein fustige la série 24.  « Je trouve complètement dingue que des séries fassent de la torture, de la sécurité ou de l'espionnage un divertissement de masse. Si cela avait été le cas en Russie communiste, on aurait jugé leur culture complètement malade. »

On ne va pas rappeler comment il est toujours délicat de comparer fiction et réalité, d'autant que la frontière entre les deux s'estompe progressivement. On ne peut pas non plus complètement lui donner tort, souvenirs de quelques déclarations de militaires américains en Irak qui avaient torturé des dissidents, puisant l'inspiration dans 24.

Cependant, il faut avoir une vision très binaire de la série (comme l'ont eu ces militaires) pour y voir une quelconque glorification. Après six années (et bientôt sept, à partir de Janvier 2009), la série s'est écartée de son objectif réaliste, où la mise en scène d'une unité de temps en temps réel incarnait l'incroyable aventure. En effet, la multiplication des saisons a étouffé une partie de cette identité pour ne garder que l'aspect technico-dramatique. En revanche, ces six ans ont démontré quelque chose d'autre : pas la glorification d'un système d'espionnage despotique qui cache son nom ou de la torture, mais de l'impressionnant défaut de tout ce système. 24 n'est jamais une apologie du tout sécuritaire et de la violence, c'est un immense constat d'échec de toute une idéologie.

On peut voir 24 et sa surenchère comme une vision politico-réaliste du cartoon Bip-Bip et le Coyote. Avec Jack Bauer dans le rôle de ce dernier. A chaque jour sa peine, et notre Jack enchaîne folle journée après folle journée, une course poursuite infernale. Et si la différence réside dans la conclusion réelle à chaque fin de saison, la répétition du procédé donne ce côté cyclique qui caractérisait l'éternelle et vaine poursuite pour attraper le volatile. Ce que 24 démontre, c'est l'échec d'une politique intrusive et expéditive qui s'exprime par la répétition des assauts et l'impression de déjà-vu qui ponctue les saisons. Surtout, on retrouve cette surenchère, passage obligé qui fait de chaque suite, une version plus forte, plus intense, plus dramatique... que la précédente. A l'image des machiavéliques plans orchestrés par le prédateur. Et qui se retournent contre lui, là encore, le parallèle avec Jack Bauer est significatif.

Dans 24, l'utilisation des codes des œuvres d'espionnage oblige le spectateur à affuter son regard, car chaque image possède plusieurs niveaux de lecture. Il faut lire derrière l'évidence, derrière le fait brut. Une telle position entraîne forcément des conclusions erronées, et s'il existe un reproche idéologique à proférer à la série, c'est cette ambigüité. Celle de pouvoir lui faire dire tout et son contraire. Pourtant, après six années, les Etats-Unis sont toujours aussi vulnérables et les récentes incursions aux relents de Big Brother n'y change rien. Et torturer quelqu'un pour lui soutirer des informations demeurent le plus flagrant constat d'échec fasse à l'adversité.

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Mercredi 25 juin 2008 3 25 /06 /2008 18:48

Cinetudes a eu 4 ans le 6 juin et pour fêter cela nous vous offrons donc une mise à jour pleine comme un œuf. Très prochainement nous vous proposerons de participer à un questionnaire de façon a ce que nous puissions nous adapter à vos attentes avant la peau neuve plus poussée que nous prendrons l'année prochaine pour les 5 ans du site.

N'oubliez pas que Cinetudes est une équipe dont vous pouvez tout aussi bien faire partie pourvu que vous soyez passionnés comme nous par le cinéma et la perspective de mieux faire comprendre les œuvres, réalisateurs et thèmes qui peuplent ce si beau 7ème art... Une seule adresse pour nous proposer vos textes ou vous faire connaître de nous :
cinetudes@hotmail.com


Pour commencer cette mise à jour, Lionel Grenier (Garbonzia) nous a concocté un superbe portrait du trop souvent sous-estimé
Lucio Fulci qui méritait bien cette attention.

Lionel nous propose donc une ballade rétrospective dans l'univers hétéroclite mais totalement fascinant du réalisateur italien. Pour plus d'écrits et de renseignements sur le sieur Fulci nous vous renvoyons directement à l'article présenté ci-dessous.


L'infatigable et multitalentueux Lionel Grenier est également le sujet de notre
Coup de Pouce avec une interview du bonhomme en sa qualité de créateur du premier site en Français entièrement consacré a Lucio Fulci.

Lionel nous y livre le contenu du site
LUCIOFULCI.FR ainsi que ses intentions et nous lui souhaitons donc tout le succès et la reconnaissance que son travail sur ce projet mérite amplement. Nous précisons également que le texte d'introduction au cinéaste présenté ci-dessus est également mis en ligne sur son site ici .


Mais que ferait-on sans Lionel puisqu'il revient à la charge pour ce troisième article !! Il y continue son exploration de la
SAGA ROCKY en s'attaquant cette fois-ci à ce qu'il appelle lui-même "un film putassier", j'ai nommé ROCKY 4.

Ainsi loin de choisir la facilité, notre pourfendeur d'idées reçues étudie un autre épisode mal aimé (après son article sur
ROCKY 5) sans faire aucunement l'apologie du reaganisme bêlant du film indique les points et rapprochements qui en font une œuvre intéressante à analyser.


Guilaume Bryon (Ishmael Chambers) entame quant à lui l'exploration de l'univers de l'un de ses cinéastes fétiches, Peter Weir, avec une étude du très étrange premier film d'un cinéaste qui y montre pourtant déja un talent certain,
The Cars that ate Paris (Les voitures qui ont mangé Paris).

C'est une excellente occasion pour se pencher sur ce réalisateur singulier, à l'univers si aisément reconnaissable et qui témoigne de tout l'intérêt qu'il faut porter au cinéma australien malgré son peu de production au final.


Guillaume Nicolas (Gehenne) nous offre quant à lui un
Coup de Cœur sur Domino un film qui divise généralement beaucoup entre les allergiques au style frénétique de Tony Scott et ceux qui sont emportés par ses expérimentations visuelles et sonores, telles que celles déjà tentées avec Man on Fire qui provoquait généralement la même division chez ses spectateurs.

A vous donc de choisir votre camp mais soyez prévenus que Guillaume possède un pouvoir de persuasion intense qui pourrait faire aimer les films de Michael Bay à des amateurs de Bresson par le simple pouvoir de sa prose !!


Notre chére Anais Truant (Miss Acacia) continue sa collaboration ce mois-ci avec l'étude d'un chef d'œuvre de l'immense Federico Fellini avec son œuvre peut être la plus personnelle,
Amarcord. Elle se penche à la fois sur l'aspect esthétique, culturel mais aussi également politique et référentiel a l'histoire du cinéma comme de l'art en général de façon à combler tous types de lecteurs et spectateurs.

Plongez ou replongez vous donc en compagnie d'Anais au sein de ce film unique et fascinant qui vous emmènera à coup sur dans des contrées cinématographiques rares et précieuses.


Ensuite Oliver Rossignot ( Infernalia ) nous offre un véritable cri du cœur dans son
Coup de Coeur sur La Terza Madre de Dario Argento. Cette œuvre malchanceuse qui s'est pris une véritable volée de bois vert critique à Gérardmer n'aura chez nous honteusement même pas connu les honneurs d'une distribution en salle alors que bien des films sans aucune valeur artistique se voient sortis en fanfare. Cinetudes se devait donc de réagir et le texte d'Olivier nous l'espérons donnera le goût à beaucoup d'entre vous de donner sa chance à ce film en DVD ou Blu-ray (sortie zone 2 en septembre) en montrant combien l'œuvre déborde littéralement de sens et de symboles. Ce Mother of Tears offre en effet de nombreux moments de pur cinéma comme Argento a toujours su nous en concocter. Enfin nous remercions beaucoup Colette Siri qui à traduit le texte d'Oliver en Italien ce qui permet à Cinetudes de s'européaniser encore plus.

- Publié dans : Cendres
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Mardi 24 juin 2008 2 24 /06 /2008 22:05

Plus fort que l’élimination, le buzz qui enfle autour de l’équipe de France de football est la déclaration de son sélectionneur. Quelques minutes seulement après l’élimination, Raymond Domenech demandait en mariage sa compagne à l’antenne de M6. On peut supposer que l’intéressée, Estelle Denis, présentatrice alors de 100% Euro, n’a guère apprécié le geste, vu le blackout total de l’information au cours de l’émission. Peut-être espérait-elle une demande plus intime.

En revanche, ce qui semble déplaire, c’est l’égocentrisme du sélectionneur qui oublie un peu trop vite son travail après un échec. Alors que l’on souhaitait le voir se débattre, avec l’art qu’il affectionne, face aux questions du journaliste, il botte en touche et ne mentionne que sa vie privée. Stratégie de communication, vraie sincérité et/ou maladresse ? La relation entre Domenech et la presse fut assez ambigüe. Sa relation avec la population faisait en revanche l’unanimité : personne (pour ainsi dire) ne l’appréciait. D’un côté on ne peut pas leur donner tort, tant le sélectionneur a souvent donné (sciemment ?) le bâton pour se faire battre, mais de l’autre, peut-on fustiger ces  personnes de s’improviser eux-mêmes sélectionneurs en sachant tout mieux que tout le monde. Ces personnes qui imputent une défaite au sélectionneur et une victoire aux joueurs.

Donc ces gens se sont sentis offusqués par la démarche de Raymond Domenech. Les commentaires ont fleuri sur la toile, et l’on connaît désormais le pouvoir d’embrasement de certaines informations. Le jeu consiste alors à détourner l’acte matriciel et de l’accorder à toutes les sauces. On peut y voir des photos aux légendes détournées, des billets d’humeur sarcastiques et même des chansons (pas besoins de chercher beaucoup pour la trouver, mais vous ne la trouverez pas sur ce blog). La pratique est bon enfant et ne mange pas de pain, toutefois, certains messages de haine (le mot n’est pas trop fort) font peurs à voir. Et l’on mentionne à peine les menaces qu’auraient reçues Estelle Denis, le harcèlement téléphonique dont elle fut la victime uniquement parce que son compagnon est Raymond Domenech (avec les résultats que l’on sait). Arrivé à ce stade, c’est assez inquiétant.

Chacun pense ce qu’il veut de l’acte de Domenech. Une demande en mariage peut-elle être encore romantique ? Oui, certainement, et question romantisme, le sélectionneur a certainement des progrès à faire (difficile de trouver quelque chose d’heureux dans un échec professionnel). Mais cela permet aussi de reconsidérer les choses. La défaite de l’équipe de France n’est pas un drame. On a déjà perdu auparavant et on perdra encore. Et dans la vie d’un homme, cela ne représente guère plus. Chacun a vécu ou vivra un échec professionnel dans sa vie, le malheur de Domenech (mais il connaissait les règles du jeu), c’est que le sien est surexposé et qu’il a toute une nation comme patron de substitution, en plus des vrais. Avec cette annonce, il a clairement annoncé où se trouvaient ses priorités dans sa vie. Et non, ce n’est pas l’équipe de France.

Alors, les français seraient-ils jaloux ? Que l’on puisse préférer ainsi la main d’une jeune femme, plutôt que la représentation de la nation dans l’univers footballistique, quel hérésie ! Apparemment, un sélectionneur est dédié corps et âme à son boulot. Il doit vivre pour son travail, et ne pas concilier vie personnelle (et encore moins sentimentale) sur le lieu du travail (on dit souvent qu’il ne faut pas mélanger les deux, voilà peut-être la seule erreur de Domenech). Le monde du net aime s’embraser pour des feux de pailles. Et avec celui-ci, il demeure très pugnace. L’annonce est certainement précipitée. Et certaines réactions se justifient là-dessus. Mais que voulez-vous, quand on a vécu le match cauchemar contre l’Italie, il est humain d’aller chercher du réconfort là où l’on peut en trouver. Domenech a bien des choses à se faire pardonner du point de vue du sélectionneur (et oui, même ici, on prétend être capable de prendre ponctuellement sa place, en dictant des choix que l’on juge plus judicieux), davantage du point de vue relationnel avec la presse comme avec le peuple, mais cette annonce qui envenime tant, c’est le salut d’un homme qui a en quelques jours tout perdu, qui a échoué. Alors naïvement, peut-être a-t-il pensé pouvoir s’octroyer quelques secondes de répit en demandant la femme qu’il aime en mariage.

Dans un contexte où il y a tellement à contester, on trouve de l’énergie pour une chose aussi futile. Il existe des causes plus graves en ce moment, qui mériteraient plus d’attention. Il est des batailles qu’il est plus important de mener. Et il serait peut-être temps de terminer ce billet d’humeur également.

- Publié dans : Humeur
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Dimanche 22 juin 2008 7 22 /06 /2008 18:23

Mardi 17 Juin, France – Italie. Le cauchemar commence dès la septième minute avec la blessure de Franck Ribéry. Ensuite, c’est le début d’un long calvaire, qui marquera la fin de l’aventure pour l’équipe de France. La progression dramatique du récit est impitoyable. Blessure, expulsion, pénalty, but et second but. Une telle guigne compulsive dans un scénario, on appellerait cela de la méchanceté gratuite. Voire du surréalisme. Mais comme la réalité dépasse toujours la fiction (impression de déjà-vu ?).

On a toujours été doué pour trouver des excuses à nos défaites : temps trop chaud, trop humide, décision arbitrale préjudiciable, joueurs blessés, ballon trop rond… Du coup, à force de pratiquer cet exercice, on finit par perdre toute crédibilité quand on cherche des raisons à notre élimination. Pourtant, il est vrai que l’arbitre a été mauvais, il est vrai que Vieira a manqué. Mais est-ce une excuse ou une raison ? Parce qu’à côté de ces motifs valables, il en existe d’autres tout aussi bonnes et qui posent des questions plus importantes : Cette Euro marque la fin d’une ère débutée en 1998. La fin d’un système de jeu, vague digestion du catenaccio italien. Un jeu basé sur la défense, le contre, où l’on ne doit surtout pas mener la danse (on a toujours été mauvais contre des équipes qui ne jouaient pas, remember la Roumanie). Fin d’une génération de joueurs (les Makélélé, Henry, Thuram, Sagnol…), où leur rôle de cadre a bien moins fonctionné, orphelin de Zidane qu’ils étaient. A force de regarder nos vieilles gloires, on a fini par oublier de scruter l’avenir. Domenech voulait construire pour la prochaine coupe du monde. Il l’a affirmé au début, puis s’est tu, et l’a ressorti à la fin du match contre l’Italie. Mauvaise communication ? Lui qui est passé maître dans l’art de la manipulation journalistique, cela sonne comme un aveu d’impuissance. Parce que pour construire un avenir, il faut oublier de s’imposer le passé. Et cette Euro, c’est la défaite d’un groupe (joueur + sélectionneur). La défaite du jeu.

Faire table rase, voilà ce qu’a manqué Domenech. Vouloir jongler avec des désirs, des exigences, des impératifs amènent forcément un résultat casse gueule. Les mariages arrangés aussi, et c’est à cela que ressemblait l’équipe de France. Faire cohabiter du neuf avec du vieux, avec une nette préférence pour ces derniers. La routine est bien mauvaise conseillère, et elle est la cause de décisions bien hasardeuses du sélectionneur. Cette équipe 2008, c’est l’impuissance de la cohabitation. Un peu comme en politique. Chacun joue un peu pour soi, et peu importe la communauté. Une équipe nationale consiste, pour les joueurs, à oublier les schémas tactiques des clubs pour s’inscrire dans un tout autre projet. On ne renie pas ses qualités, mais il faut savoir mettre de côté certains tics de jeu. L’équipe de France que l’on a vu, c’est une poignée de joueurs qui ne jouaient pas ensembles. Ils tentaient bien de composer un vague élan collectif, mais avec la grâce d’un nouveau né, bien fébrile sur ses jambes. Alors le jeu ressemblait à une répétition, maladroit, brut, dont on n’a pas encore peaufiné les angles. Ainsi, guère étonnant que l’on marque aussi peu de buts, et surtout, que chaque action traîne en longueur et peine à sortir un résultat concluant. Toujours à l’arrache, passage en force, on s’y prend à trois fois et finalement, on sort un tir bien pénible comme le cri de l’impuissance.

L’avantage de cette élimination, c’est qu’aujourd’hui, on peut enfin admettre que l’équipe de France génération 98 a fait son temps, et qu’il ne s’agit plus de trouver des remplaçants, mais de construire quelque chose de nouveau. Du talent, on en a, maintenant, il ne reste plus qu’à agencer la chose. On dispose d’un terrain vierge et fertile, où l’on peut semer des graines nommées Benzema, Ben Arfa, Nasri, Ribéry… des joueurs qui ne correspondent pas au schéma de jeu actuel, mais qui offrent de bien belles perspectives. Le retour d’un jeu offensif, d’un jeu créatif, d’un jeu efficace. On en termine avec cette période bâtarde qui veut produire du vieux avec du neuf à la force du travail. Il faut être dans l’abnégation du travailler plus pour gagner plus et revenir à quelque chose de plus instinctif. Oublier le jeu de droite, et revenir à un jeu de gauche. En fait, tout est de la faute de N. Sarkozy. Voilà une excuse que l’on avait encore jamais sorti pour du football. Il y a un début à tout…

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Mardi 10 juin 2008 2 10 /06 /2008 17:24

A l'ère d'internet, la télévision se consomme autrement. Trouvant dans la toile, le palliatif à son caractère éphémère, il est désormais possible de voir (ou revoir) un programme pendant une semaine précédant sa diffusion. Orange Rewind TV, M6 Replay, TF1 Vision... toutes les grandes chaînes ont désormais leur portail de rediffusion. Cette initiative ne concerne que les programmes maisons, permettant ainsi de réaliser son propre planning, créer son propre zapping. On peut voir dans cette innovation le premier pas vers une nouvelle organisation de la consommation télévisuelle ou le recours à la déferlante Youtube ou Dailymotion pillant illégalement les programmes de ces chaînes.

Pour mettre en scène cette « révolution », la publicité se devait de se montrer à la hauteur de l'évènement. Et investir ce champ lexical riche qui permet tout et n'importe quoi (réalisation issue du sport, du cinéma...). On a déjà parlé en ces lieux de la capacité de réaction des publicistes, qui trouvent dans l'actualité quelques courants formidables d'inspiration. Soit en reprenant des faits bruts, soit en s'inspirant d'autres œuvres. Orange Rewind TV décide de reprendre l'idée formidable du dernier film de Michel Gondry : Be Kind, Rewind (Soyez sympa, rembobinez) et réalise une version suédée de son fameux replay.

Le film de Gondry, en investissant un comique de situation assez savoureux permettait également de questionner son rapport au cinéma, à la création, et rendait l'exercice particulièrement attachant, voire émouvant. De ce constat, la publicité d'Orange garde cet aspect émotionnel (de la situation initiale comme de l'aspect autocréation) et délivre une petite oeuvre qui fonctionne sur deux tableaux. Prendre à contre pied l'aspect technologique de l'innovation en introduisant le fameux facteur suédé, et rejouer une scène éculée du cinéma (un au revoir au départ d'un car, cela aurait pu être un train, un aéroport...). Le résultat fonctionne à la perfection, affecté par cet adieu larmoyant, amusé par la tentative d'effectuer un rewind « manuellement » et finalement enchanté par les retrouvailles. Comme dans le film de Gondry, l'évènement créé une pulsion fédératrice où chacun sacrifie un peu son présent au profit d'une seule personne.

Les esprits mal placés verront dans le cadre dans lequel se déroule l'action un affreux et suffisant regard sur le caractère précaire des pays sous développés ou en voie de développement, où la démarche suédée ne peut qu'exister faute de moyen. L'incroyable pouvoir des images figure justement dans ce champ infini de réflexions et déductions où chacun verra bien ce qu'il veut en voir. Toujours est-il que la publicité, pour une fois, se fait rattraper sur le chemin de l'expérimentation (venant d'un clipper, ce n'est qu'une demie victoire), mais fonctionne également en tant de recycleur de bonnes idées. Où Replay n'aura jamais porté aussi bien son nom...

- Publié dans : Humeur
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