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Dimanche 13 avril 2008 7 13 04 2008 01:27

L'ennui avec les œuvres unanimement encensées, vient souvent de la déception qui l'accompagne.  Qui n'a jamais souffert de la découverte tardive d'un film, album ou série, porté par un buzz positif dépassant l'entendement, pour finalement se dire : « oui, c'était bien, très bien même, mais... » Quand on lit les différentes critiques concernant The Wire, on retrouve ce point commun : toutes vantent les nombreuses qualités de la série. Alors, on fait comme tout le monde, on prend le train en marche et on regarde. Parce que la curiosité aura eu raison de nous, et puis on ne veut pas non plus mourir complètement idiot. Mais on ne peut s'empêcher d'être sur la défensive, d'être suspicieux quant à la réelle qualité du show, comme on ne souhaiterait pas être trop déçu.

 

Baltimore est une ville qui a affiché pendant quelques années le taux de criminalité le plus élevé et d'enquêtes non résolues. Une ville qui souffre d'un profond désordre social, avec ses classes très aisées et ses classes très pauvres, que l'on a parquées dans des banlieues pour mieux les cacher. Une ville qui a déjà servi de cadre à une immense série policière immersive : Homicide. Cette dernière proposait de suivre la vie de la brigade criminelle, un traitement sur la longueur pour mieux apprécier le métier dans ce qu'il a de plus réel. Où les enquêtes restent parfois non résolues, parce qu'il ne peut en être autrement. The Wire est le plus bel héritier que l'on pouvait donner à Homicide. Même traitement frontal et immersif, même volonté d'effacer tout le glamour qui entoure souvent le policier à la télévision. Ici, le métier de flic est ingrat, pénible et fastidieux. Il doit composer avec la paperasserie, avec des contingences matérielles parfois difficilement supportables, et dépense autant d'énergie à combattre le crime que sa hiérarchie. The Wire dresse une affaire d'infiltration en accentuant l'impression de progression, en étirant l'enquête le temps d'une saison pour mieux se rendre compte de l'ampleur de la tâche. Cette volonté de montrer la réalité d'un travail douloureux, qui vampirise petit à petit le quotidien de ces flics. Et ce spectacle est à la fois excitant d'un point de vue dramatique, comme un nid à suspense, et effrayant parce que l'on sent le réalisme qui se dégage de l'ensemble.

 

On reconnaît la griffe de HBO, cette notion particulière de la narration, capable de digressions admirables et magnifiques qui constituent peut-être la majeure partie de la réussite du show. Des séquences qui n'apportent rien d'autres qu'un sentiment de proximité, de réalisme, une captation du réel. Voir le dealer, rester de longues minutes avant de choisir sa tenue est symptomatique de cette impression. Sur le papier, la scène ne sert à rien. Dans bon nombre de série, elle serait évacuée, voire occultée justement pour cette raison. Mais dans The Wire, on la conserve et lui donne toute l'importance qu'elle mérite. La vision n'est pas uniquement tournée vers le policier, mais également sur l'ennemie. On lui donne du caractère, de la vulnérabilité, de l'humanité. Et c'est dans la représentation du quotidien, de la banalité, que cette impression prend toute son ampleur, sa justification. Dans le contexte qu'exploite la série, c'est important voire essentiel.

 

Ce travail sur la longueur permet également d'exploiter toute la dramaturgie de séquences imposées. Il faut disposer d'un cadre bien particulier pour oser user des scènes jusqu'à la corde. On pense à la reconstitution de McNulty et Bunk. Moment magique, représentation du travail à l'oeuvre. Hors du temps, car le montage fait fit de toute considérations temporelles. Et d'une force, d'une puissance remarquable. Et pourtant, elle ne repose sur rien. Une simple reconstitution un rien comique par la répétition des fuck au fur et à mesure des découvertes. Dans The Wire, la moindre trouvaille est importante, le moindre petit embryon de preuve est un grand pas. Montée un dossier suffisamment solide pour supporter la défense au tribunal réclame un travail acharné, alors quand on tient une de ces informations, on l'arrache et on s'y tient plus que tout. La série montre le désespoir qui anime ces flics, comme l'euphorie qui les unit devant la réussite. Et de l'autre côté du spectre, la rudesse d'un monde de violence, l'apathie qui règne entre les rangs des dealers. Devant leur apparente camaraderie, l'illusion tombe quand il s'agit de répondre aux ordres. Parfaits petits fantassins comme autant de chairs à exploiter, à manipuler et à sacrifier. Les membres du gang sont avant tout des victimes, du genre laissés pour compte par une société bien embêtée devant ses échecs. Des victimes trop souvent rattrapées par leur nature – dans la mesure où ils n'ont connu que cela – quand ils essaient de s'échapper.

 

The Wire fait partie de ces séries qui ont œuvré au renouvellement du genre policier. Par une approche autant rigoureuse qu'exigeante, elle a peint un portrait réaliste d'un métier difficile. Olivier Marchal, dans une interview, racontait comment il se sentait obligé de manipuler la réalité pour pouvoir proposer une série policière capable de plaire au public. Comment il était soumis à la volonté du spectacle en concluant ses enquêtes en quelques jours, soit un ou deux épisodes. The Wire, et avant elle Homicide, sont la preuve du contraire et de son erreur de jugement. On est parfaitement capable de prendre en considération la lenteur du système, la complexité de l'enquête à l'écriture d'une série et délivrer un programme de qualité. Mieux, c'est peut-être ce qui manquait au genre pour s'affranchir de la concurrence et imposer une identité propre. On ne parlera pas peut-être pas beaucoup de The Wire, mais quand on le fera, ce sera pour la porter aux nues. Comme une nouvelle goutte d'eau dans l'océan de critiques positives qui l'accompagnent.

- Publié dans : Série TV
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Lundi 7 avril 2008 1 07 04 2008 18:46

La capacité de réaction de la publicité est souvent remarquable. Où comment une grande enseigne se sert d'un buzz d'à peine deux mois pour lancer sa nouvelle campagne.

Flash-back : Au mois de février, la psychose était à son comble, les prix de l'alimentaire flambait ! Alors que le pouvoir d'achat demeure la principale préoccupation des français, un événement traumatique allait créer une vague de crainte. Et les chaînes de télévision comme la presse écrite de s'engouffrer également dans la brèche. On multiplie les reportages, les micros-trottoirs, on invente des émissions ayant pour thème les économies (aller se soigner en Roumanie pour payer moins chers les frais médicaux...) et on invite même Mr Leclerc sur le plateau de France 3 édition nationale vers 13h. Les proportions sont énormes, les politiques tentent de calmer le jeu, les distributeurs crucifient les producteurs quand ces derniers stigmatisent le rôle ingrat des premiers. On ne parle plus que de cela.

Et puis comme d'habitude, le soufflé est rapidement retombé. Un événement chasse l'autre comme le vent tourne. Pourtant, cette mini-crise a fait prendre conscience aux enseignes de la grande distribution d'un certain malaise du consommateur. Il faut donc frapper pour remettre ses clients sur le droit chemin. D'abord, l'aide (indirect ?) de la télévision où l'on apprend que les discounts alimentaires ne sont pas si discount que cela (un reportage biaisé d'entrée de jeu puisqu'elle ne compare que des produits de marque, prendre ceux de l'enseigne et on voit tout de suite la différence). Et puis une campagne massive où il faut rassurer le chaland.

Intermarché (enfin, les publicitaires) a décidé de se la jouer fine. Une façon très simple de se décharger de toutes responsabilités quant à la hausse des prix. Une façon d'assurer son intégrité et son honnêteté auprès des consommateurs. En rebondissant sur l'actualité plus ou moins direct, en rappelant le cauchemar des français. Le principe est simple, peu coûteux dans les faits, et très efficace. Elle répond exactement à l'attente du public concernant les produits alimentaires (ou non) courants qu'il achète : Montrer un produit quelconque (café, lessive...) et imprimer, directement sur le produit, son prix. Et la petite phrase qui va bien (citation approximative) : Chez nous, les prix ne s'envolent pas, ils sont imprimés aux produits.

Et voilà comment on se sert d'une psychose pour fomenter son nouveau coup publicitaire. Jouer sur la peur, et rassurer dans un même mouvement. Tout en pointant du doigt indirectement les concurrents qui ne pratiquent pas cette méthode, et qui peuvent donc, à notre insu, augmenter ses prix. La publicité est un univers merveilleux, on pourrait en parler des heures, voire des jours, sans jamais épuiser le sujet.

- Publié dans : Humeur
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Samedi 5 avril 2008 6 05 04 2008 00:30

Il semblerait que l'on annonce que l'âge d'or des séries touche à sa fin. Du moins, c'est ce que l'on entend depuis une ou deux années, maintenant. Il est vrai que certaines séries emblématiques sont arrivées à leur terme. Six Feet Under, Sopranos, Sex and the City, toutes des séries HBO, mais cet âge a justement commencer par l'entremise de la chaîne du câble. Et sa difficulté à renouveler ce triplé gagnant semblerait être la principale justification des alarmistes. Si la réputation de HBO n'est pas ternie, parce qu'elle continue de proposer des programmes de qualité (The Wire pour encore une année, Big Love...), aucune de ses récentes créations ne renouvellent le consensus autour des premières citées.

En réalité, il faut se tourner du côté des concurrentes du câble pour trouver l'héritage de HBO : Showtime, FX ou la récente AMC. Ces dernières sont responsables des plus belles créations de ces quelques années : The Shield, Damages, Breaking Bad, Mad Men, Californication, Dirt, Dead Like Me, Dexter, Rescue Me... Autant de réussites singulières pour des séries exigeantes, qui n'entreraient pas dans le cadre d'un Network. Sans la renommée méritée de HBO, point de salut chez les concurrentes. Et dans les séries citées, seulement deux sont antérieures aux deux dernières années. Alors, l'âge d'or est vraiment terminé ?

Mais l'on retrouve également quelques perles sur le champ plus commun des Networks. Pour cette saison 2007/2008, saison entachée par la grève des scénaristes, une poignée de nouveautés succulentes à se mettre sous la dent : Life, Chuck, Pushing Daisies, Le trio gagnant de cette année. Trois séries à l'atmosphère totalement différente, reposant sur une qualité formelle ou scénaristique très travaillée. Life, où la vendetta d'un flic devenu zen lors de son emprisonnement injuste, Pushing Daisies, cette fable fantaisiste dont l'univers semble porter la marque de Tim Burton, où un homme possède la faculté de ressusciter les morts en les touchant, pendant une minute, au delà, une tiers personne devra mourir. Et Chuck, véritable plaisir pour geek dans lequel un nerd (Chuck) upload dans son cerveau l'intégralité du disque dur de la CIA. Totalement improbable tout en étant super référentiel. Donc forcément génial.

Dans les réussites plus confidentielles ou partielles, on notera Reaper, parrainé par Kevin Smith. On reconnaît la patte du réalisateur, on peut seulement être déçu que l'histoire n'évolue pas un peu plus, répétant le même schéma narratif. Private Practice, spin off de Grey's Anatomy, qui parvient à surpasser sa grande sœur avec une écriture plus mature, plus adulte et qui, sans pourtant rien apporter de nouveau, parvient à imposer une précision dans les différentes histoires racontées étonnantes et appréciables. On attendra d'en découvrir un peu plus concernant les récents Eli Stone ou New Amsterdam. Si la première offre déjà de charmantes perspectives, avec cet avocat souffrant d'hallucinations, on restera plus réservé concernant l'improbable policier immortel grâce à une expérience shamanique et cherchant l'âme sœur pour enfin pouvoir vieillir.

Côté douche froide, la bonne idée de perdurer l'univers de Terminator dans une série n'est pas concrétisé. Un pilot énergique et prometteur pour une série qui s'évente dès le second épisode. En revanche, K Ville ne méritait pas un si glacial accueil. Si les enquêtes policières n'offraient guère d'intérêts, la série valait surtout pour le contexte local, la Nouvelle Orléans post Katrina, et des personnages intéressants. Une série qui s'appréciait au fur et à mesure des épisodes, mais sa facture classique pour un sujet encore un peu trop vif dans les mémoires a eu raison d'elle.

Les grands gagnants sont donc les séries du câble : le thriller judiciaire Damages, la reconstitution '60s Mad Men, Californication et son humour incisif et le jusqu'au boutiste glaçant Breaking Bad. Avec ce quatuor, on atteint un haut talent d'écriture, une formidable mise en image et une interprétation solide.

- Publié dans : Série TV
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Vendredi 4 avril 2008 5 04 04 2008 00:12

Une caméra au centre de quatre personnages. Trois assis devant l'autre. Et commence le travelling circulaire. L'émotion se construit dans cet instant précis et explose. Pourquoi ? Est ce seulement la puissance de ces images ou tout le passif qu'elles contiennent compte tenu de l'heure qui vient de se passer ? La logique voudrait que l'on choisisse la seconde hypothèse. Mais dans ce film particulier, parce que le réalisateur y déploie des armes un peu étranges et surtout très personnelles, on opte pour la solution un. Peu importe la relation qui unit les quatre personnages. Tout se passe dans les regards, et cette caméra qui saute de l'un à l'autre. Un dialogue sans mot, créé par un mouvement. Un espace clos, où le monde semble se tenir au centre de ce faux cercle. Abstraction de l'autour, la caméra aspire l'extérieure comme un trou noir.

Le film aurait pu s'arrêter là. Climax, paroxysme ou autre mot savant usé dans la syntaxe cinéphile. L'enjeu se situait dans cette scène particulière. On n'avait aucun moyen de le savoir, impossible à prédire, le réalisateur lui-même ne se doutait de l'aspect crucial de cette séquence. Et c'est justement pour cette raison qu'elle est aussi expressive. Aussi éloquente parce qu'elle continue d'exister à l'extérieure du film. Comme une séquence autonome.

Ailleurs, le film est un joli conte, une fable moraliste où trois frères tenteront un voyage spirituel pour se retrouver, communiquer et s'aimer si affinités. Entre surréalisme malicieux et vrais moments émouvants, The Darjeeling Limited nous cueille avec douceur. Et pour simple au revoir, un clin d'œil lancé pour dire, que l'histoire, comme elle ne commence pas réellement, ne s'arrête pas vraiment non plus.

- Publié dans : Cinéma
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Vendredi 28 mars 2008 5 28 03 2008 00:53

Deux secondes. Il aurait fallu deux secondes. Les paupières se ferment. Alors que la vision se brouille. Deux secondes plus tard. Pas grand-chose dans une vie. Juste deux secondes…

Sentir la fatigue. Et se résoudre. Demain il sera trop tard…

- Publié dans : Memento Mori
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